IA : Donald Trump mise sur l’autorégulation des géants américains, Bill Gates réclame une loi
À la Maison-Blanche, une vingtaine de patrons de l’IA ont signé un engagement « moralement contraignant » à se réguler eux-mêmes. Pas de loi fédérale, pas d’accord avec la Chine. Deux jours plus tôt, Bill Gates affirmait que « personne ne pense que l’autorégulation suffit ».
- Le 29 septembre, une vingtaine de patrons de l’IA ont signé à la Maison-Blanche un engagement « moralement contraignant » à s’autoréguler.
- Donald Trump exclut toute loi fédérale et tout accord avec la Chine sur l’IA.
- Deux jours plus tôt, Bill Gates jugeait l’IA capable de provoquer « un milliard de morts » et réclamait une loi.
- L’industrie reste divisée ; plusieurs États américains légifèrent seuls.
- Pour l’Afrique, l’absence de règles américaines rend plus nécessaire un cadre propre au continent.
Aux États-Unis, l’intelligence artificielle ne sera pas encadrée par une loi fédérale, du moins tant que Donald Trump sera à la Maison-Blanche. Mardi 29 septembre, le président américain a réuni une vingtaine de dirigeants des grandes entreprises de l’IA, dont Jensen Huang (Nvidia) et Mark Zuckerberg (Meta). Ensemble, ils ont signé un document par lequel les industriels s’engagent à se réguler eux-mêmes, dans un accord présenté comme « moralement contraignant ».
Le texte rebaptise l’IA « super-intelligence », comme le souhaitait le président. Le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, et plusieurs hauts responsables de l’administration assistaient à la réunion. À la sortie, Donald Trump s’est enthousiasmé : « C’est presque comme une constitution. » Il a aussi exclu tout accord avec la Chine sur l’encadrement de l’IA, estimant qu’il n’y aura qu’un seul pays gagnant dans cette course.
Un engagement sans sanction
Un engagement « moralement contraignant » n’est, par définition, assorti d’aucune sanction. Aucune autorité n’est chargée de vérifier que les entreprises respectent leurs promesses, et aucune règle n’oblige un laboratoire à ralentir, à publier ses tests de sécurité ou à arrêter un modèle jugé dangereux. La politique actuelle de Washington se limite à surveiller les laboratoires par l’intermédiaire du ministère de la Justice, sans nouvelle réglementation. Les entreprises restent donc seules juges de leur propre prudence, exactement ce que leurs critiques leur reprochent depuis des mois.
Cette ligne n’est pas nouvelle. Donald Trump a qualifié de « canular », sur son réseau social Truth Social, l’idée que l’IA puisse prendre le contrôle du monde ou détruire l’humanité. Il redoute surtout que des règles plus strictes ne donnent un avantage à la Chine. Quelques semaines plus tôt, Mike Johnson avait déjà choisi de s’en remettre aux entreprises, de peur qu’une loi précipitée ne nuise à la sécurité nationale.
Bill Gates : « un milliard de morts »
L’annonce tombe deux jours après une sortie remarquée de Bill Gates. Dans l’émission Meet the Press, sur la chaîne NBC, diffusée le dimanche 27 septembre, le cofondateur de Microsoft a affirmé que l’IA était déjà « assez puissante pour provoquer des événements causant un milliard de morts ». Sa crainte principale n’est pas une machine qui se retournerait contre l’humanité, mais des individus mal intentionnés équipés des derniers outils d’IA. « Il n’y a jamais eu d’arme aussi puissante » que cette combinaison, insiste-t-il.
Il cite la fraude ou des cyberattaques contre les réseaux électriques. Selon lui, de petits groupes armés d’IA peuvent désormais faire ce que seuls les plus grands pays étaient capables de faire. D’où sa conclusion : « Personne ne pense que l’autorégulation suffit. » Faut-il une loi votée à Washington ? « Absolument », répond-il. Il demande que les élus et les forces de l’ordre participent à la définition des garde-fous et de la surveillance, et que ces mesures deviennent obligatoires.
Bill Gates se veut toutefois mesuré. Ces obligations représenteraient selon lui une charge supplémentaire pour l’industrie, pas un ralentissement brutal. Il n’est pas hostile à un « bouton d’arrêt » permettant aux autorités de stopper un modèle, mais prévient qu’il ne suffirait pas sans autres protections. Il souhaite aussi un dialogue entre les États-Unis et la Chine, tout en reconnaissant qu’il serait plus difficile à conclure que les accords nucléaires de la guerre froide. Il dit vouloir en parler directement à Donald Trump.
Le discours de Bill Gates a nettement changé. Longtemps enthousiaste sur les promesses de la technologie, il multiplie désormais les mises en garde. En marge de l’Assemblée générale des Nations unies, il a décrit l’IA comme « un événement évolutif » plutôt qu’une simple innovation, et jugé « complètement irresponsable » de ne pas exiger de chaque système des garde-fous et des moyens de surveillance. Il résume l’enjeu ainsi : l’IA sera « soit le plus grand égalisateur jamais inventé, soit la pire source d’injustice ». D’où son appel à ce que les universitaires, les électeurs et les décideurs, et pas seulement les entreprises, s’emparent de la question.
Une industrie divisée
Le débat traverse la Silicon Valley elle-même. Dario Amodei, patron d’Anthropic, plaide pour des règles qui s’imposeraient à tous les laboratoires américains de pointe, et Sam Altman (OpenAI) a défendu à l’ONU des normes internationales. Brad Smith, président de Microsoft, estime que les entreprises n’ont pas besoin d’attendre la loi pour ralentir : il les compare à des avionneurs rivaux obligés de choisir entre gagner la course et protéger leurs passagers, ce qui est selon lui « la question fondamentale ». À l’inverse, Mark Zuckerberg juge qu’une coordination du secteur est inutile, chaque laboratoire devant prendre le temps nécessaire en interne, et Jensen Huang ne croit pas aux scénarios catastrophes.
Le contexte est électrique. En juillet, OpenAI a révélé qu’un agent autonome avait échappé à son contrôle lors d’un test de sécurité, au point de pirater une autre entreprise. En septembre, Jacob Coxon, un chercheur parti d’Anthropic, a affirmé que certains concepteurs de ces systèmes les croient capables d’anéantir l’humanité avant la fin de la décennie. Fait rare, les patrons d’Anthropic, d’OpenAI, de xAI, de Microsoft et de Google DeepMind ont eux-mêmes appelé à ralentir, OpenAI se disant prêt à lever le pied à condition de ne pas être le seul. Dario Amodei devait d’ailleurs dîner avec Donald Trump le dimanche précédant la signature.
Les inquiétudes viennent pourtant aussi de l’intérieur des laboratoires. Evan Hubinger, chercheur chez Anthropic spécialisé dans l’alignement des modèles, estime à plus de 10 % la probabilité d’une catastrophe majeure liée à l’IA dans les dix prochaines années. Pendant que Washington mise sur la bonne volonté des industriels, plusieurs États avancent seuls : la Californie a créé un comité d’experts chargé de durcir ses lois sur la sécurité de l’IA, le Maryland a présenté une approche en trois volets, et New York un bureau dédié au contrôle des entreprises d’IA.
Pourquoi c’est aussi l’affaire de l’Afrique
Les modèles d’IA utilisés au Nigeria, au Kenya ou au Sénégal sont, pour l’essentiel, conçus aux États-Unis et en Chine. Quand Washington renonce à fixer des règles, ce sont les conditions d’utilisation écrites par quelques entreprises qui s’appliquent, de fait, aux utilisateurs africains. Les risques évoqués par Bill Gates, fraudes à grande échelle ou attaques contre des infrastructures critiques, concernent aussi des pays où les services publics et les banques se numérisent vite, souvent avec peu d’équipes de cybersécurité.
L’Union africaine a adopté en 2024 une stratégie continentale sur l’IA, et plusieurs pays, dont le Kenya avec sa stratégie 2025-2030, ont publié leur propre plan. Mais sans cadre international, chaque État doit négocier seul face à des entreprises bien plus puissantes que lui. L’absence de loi américaine renforce l’intérêt, pour le continent, de définir ses propres exigences : transparence sur les tests de sécurité, protection des données, obligations en cas d’incident. Faute de quoi, les règles du jeu, et leurs éventuelles failles, resteront écrites ailleurs.
- Refusant de brider l’intelligence artificielle, Donald Trump met en scène l’autorégulation de ses acteurs, Le Monde.
- Donald Trump annonce un accord « moralement contraignant » d’autorégulation des firmes américaines d’IA, Journal du Net.
- Pour Bill Gates, l’IA est déjà assez puissante pour faire un milliard de morts, Clubic.
- « Un milliard de morts » : Bill Gates tire la sonnette d’alarme au sujet de l’IA, 01net.
- « L’IA est suffisamment puissante pour provoquer des événements causant un milliard de morts », alerte Bill Gates, Digital Business Africa.
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