DakarLagosNairobiParisSan FranciscoTokyo

IA générative : un tiers des étudiants sénégalais ne savent pas ce que c’est, selon un rapport de l’UN-CHK

Présenté vendredi à Dakar, un rapport de l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane, fondé sur 5 037 étudiants et 159 enseignants, dresse le premier état des lieux national de l’IA générative à l’université. Il montre un usage déjà installé chez ceux qui la connaissent, et un tiers des étudiants restés à l’écart.

Pourquoi c’est importantSi l’IA générative devient un outil de travail ordinaire, les étudiants qui ne la connaissent pas partent avec un retard. Le rapport montre qui ils sont et demande des règles claires dans chaque cours.

Des étudiants de l’UCAD, à Dakar, lors d’une session de formation en 2025. Selon le rapport, un tiers des étudiants, surtout en première année, ne connaissent pas l’IA générative.
Des étudiants de l’UCAD, à Dakar, lors d’une session de formation en 2025. Selon le rapport, un tiers des étudiants, surtout en première année, ne connaissent pas l’IA générative.Photo : 4MAPS, CC BY 4.0 · source
Résumé en 30 secondes
  • Un rapport de l’UN-CHK présenté le 16 octobre 2026 à Dakar, fondé sur 5 037 étudiants et 159 enseignants, constate que 33,7 % des étudiants ne connaissent pas l’IA générative.
  • Parmi ceux qui la connaissent, 77,6 % l’ont déjà utilisée, soit environ un étudiant sur deux au total, surtout pour la recherche documentaire et la rédaction.
  • Les non-connaisseurs sont surtout hors de Dakar, en filières non scientifiques et en première année ; l’UN-CHK, université en ligne, a le taux de connaissance le plus bas (56,7 %).
  • Plus de la moitié des enseignants n’autorisent ni n’interdisent l’IA ; le rapport réclame un cadre national et des règles claires dans chaque cours.
La suite : Un étudiant sur deux l’a déjà utilisée

En avril, à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, la directrice des affaires pédagogiques, Maguette Dieng, faisait un constat simple à l’agence APS : il n’existait « pas de données permettant de savoir les modes d’usage de l’IA par les acteurs ». Six mois plus tard, les chiffres sont là. Et le premier d’entre eux surprend : 33,7 % des étudiants interrogés ne connaissent pas l’IA générative.

Le rapport, intitulé « Entre adoption et inquiétude : l’IA générative dans l’enseignement supérieur sénégalais », a été présenté le vendredi 16 octobre par l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane (UN-CHK). Il est l’œuvre de son groupe de recherche ALIVE, un laboratoire financé par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI, Canada) dans le cadre du programme AI4D mené avec le Royaume-Uni. Selon Socialnetlink, le document de 324 pages a été dirigé par Seydina Moussa Ndiaye, avec Abdoul Alpha Dia et Awa Doucouré. L’enquête couvre 5 037 étudiants et 159 enseignants de l’UCAD, de Gaston Berger à Saint-Louis, de Bambey, Ziguinchor, Thiès, du Sine-Saloum, de l’université Amadou Mahtar Mbow, de l’UN-CHK, ainsi que d’instituts et d’établissements privés.

Un étudiant sur deux l’a déjà utilisée

Chez ceux qui la connaissent (66,3 % des étudiants, 86,2 % des enseignants), l’outil est entré dans les habitudes : 77,6 % de ces étudiants et 80,3 % de ces enseignants l’ont déjà utilisé. Rapporté à l’ensemble, cela fait environ un étudiant sur deux. Les usages restent scolaires : 89 % des étudiants utilisateurs s’en servent pour leurs études, d’abord pour chercher de la documentation (57,4 % d’usage fréquent), ensuite pour rédiger leurs travaux (44 %).

Le tiers restant n’est pas réparti au hasard. Il se concentre hors de Dakar, dans les filières non scientifiques, en première année, et compte 56,2 % de femmes, sans que l’on sache quelle part elles représentent dans l’échantillon. Paradoxe : l’UN-CHK, université entièrement en ligne, affiche le taux de connaissance le plus bas de tous les établissements, 56,7 %. Le rapport l’explique par le profil de ses étudiants, souvent installés dans des zones mal connectées. « Être numérique ne suffit pas. L’accès à un outil ne garantit pas son appropriation », commente son recteur, Samuel Ouya, cité par Socialnetlink.

Des enseignants qui ne tranchent pas

Côté encadrement, le flou domine. Plus de la moitié des enseignants (53,3 %) n’autorisent ni n’interdisent l’IA dans leurs cours ; 35,8 % des étudiants trouvent les consignes incohérentes d’un professeur à l’autre. Les auteurs relèvent « une absence quasi généralisée de cadres institutionnels d’encadrement » et une situation où, écrivent-ils, « tout le monde sait que l’IA est utilisée, mais personne n’en parle ouvertement ». Autre limite, signalée par 52,1 % des enseignants : des réponses mal adaptées aux réalités locales.

Le rapport demande à l’État un cadre national pour le supérieur, qui décline la Stratégie nationale d’intelligence artificielle adoptée en 2023, et à chaque enseignant d’annoncer ses règles d’usage cours par cours. Sans intervention, ses auteurs jugent le scénario d’une « adoption spontanée et inégale » le plus probable à court terme, avec le risque, selon Abdoul Alpha Dia, « d’accentuer les inégalités ».

Plusieurs points de méthode restent inconnus : la période de l’enquête, le mode de collecte et la façon dont l’échantillon a été constitué ne figurent pas dans les comptes rendus publiés, et le rapport n’était pas encore accessible en ligne dimanche.

Cet article vous a-t-il servi ?
Sources
  1. IA générative : 33,7 % des étudiants ne la connaissent toujours pas, malgré son adoption croissante dans les universités sénégalaises, Socialnetlink.
  2. Un rapport éclaire les usages et les perceptions de l’IA générative dans l’enseignement supérieur sénégalais, APS.
  3. Universités sénégalaises, l’IA fait consensus, ses usages divisent, SenePlus.
  4. Sénégal : à l’UCAD, l’introduction de l’IA dans les enseignements séduit mais interroge, APS (AllAfrica).
  5. AI Living Lab for Innovative and Viable Ethical Policies and Systems (ALIVE Lab), CRDI.

Une erreur ? Écrivez à infos@novotech.blog. Les corrections sont signalées en fin d'article.

À lire aussi

Plus sur NovoTech

Le Brief NovoTech

La tech africaine et mondiale, chaque matin à 7 h.

Cinq sujets, cinq minutes, heure de Dakar. Gratuit, désinscription en un clic.

Nous ne revendons pas les adresses.