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IA : six pays africains veulent des règles communes

Le Sénégal, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Mali, la Guinée et le Bénin se sont dotés de lignes directrices communes pour encadrer le développement de l’intelligence artificielle. L’objectif est de promouvoir une IA responsable, adaptée aux réalités africaines et moins dépendante de règles conçues ailleurs. Reste maintenant à transformer ces principes en mesures concrètes.

Six pays d’Afrique francophone ont adopté un référentiel commun pour une IA éthique et inclusive. Le défi : transformer ces principes en politiques concrètes.
Six pays d’Afrique francophone ont adopté un référentiel commun pour une IA éthique et inclusive. Le défi : transformer ces principes en politiques concrètes.Photo : Dakaractu, CC0 · source
Résumé en 30 secondes
  • Présenté le 6 juillet 2026, ce référentiel commun porte sur l’éthique, la protection des droits, la gouvernance des données, l’inclusion et la souveraineté numérique. Il doit aider les six pays à orienter leurs politiques publiques et à coordonner leurs positions dans les discussions internationales
  • Ce n’est toutefois pas une loi commune. Le document sert de cadre d’orientation : chaque pays devra décider comment traduire ses recommandations dans ses propres stratégies, ses institutions et, si nécessaire, sa législation.
La suite : Six pays pour définir leur propre approche de l’IA

Six pays pour définir leur propre approche de l’IA

L’intelligence artificielle progresse dans les entreprises, les administrations et les services financiers africains. Mais son adoption soulève aussi des questions : qui contrôle les données utilisées pour entraîner les modèles ? Comment éviter les discriminations algorithmiques ? Et comment faire en sorte que les bénéfices de ces technologies profitent aussi aux populations locales ? C’est autour de ces enjeux que le Burkina Faso, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Mali, la Guinée et le Bénin ont élaboré un référentiel intitulé Lignes directrices pour une intelligence artificielle éthique, inclusive et responsable en Afrique francophone. Le document a été présenté le 6 juillet 2026, en marge du premier Dialogue mondial des Nations unies sur la gouvernance de l’IA. La démarche a été portée sous le leadership du ministère burkinabè chargé de la Transition digitale, avec l’appui de l’organisation de plaidoyer Niyel. L’Agence de développement de l’Union africaine (AUDA-NEPAD) et le centre de recherche burkinabè CITADEL ont également contribué aux travaux.

Des principes communs, de la transparence à la souveraineté numérique

Le référentiel repose sur sept principes fondamentaux et cinq axes stratégiques. Il met notamment l’accent sur le respect des droits humains, la transparence, la responsabilité, l’équité, l’inclusion et la diversité culturelle et linguistique. Ces principes répondent à des préoccupations très concrètes. Un système d’IA utilisé pour examiner des dossiers de crédit, sélectionner des candidats à un emploi ou orienter des patients peut reproduire des biais présents dans ses données d’entraînement. Si ces données représentent mal certaines populations ou certaines langues, les résultats risquent de les désavantager. La question linguistique est particulièrement importante en Afrique francophone. Les langues nationales restent moins bien représentées que les langues dominantes dans de nombreux outils numériques. Développer des systèmes mieux adaptés aux contextes locaux suppose donc de disposer de données pertinentes, de compétences techniques et de moyens de recherche. Le document aborde également la gouvernance des données et la souveraineté numérique. Derrière ces termes se trouve une interrogation stratégique : comment les pays africains peuvent-ils conserver une capacité de décision sur les technologies qu’ils utilisent, leurs données et les infrastructures dont ils dépendent ?

Un cadre régional qui ne remplace pas les stratégies nationales

Les six pays ne partent pas du même point. Certains disposent déjà de stratégies nationales consacrées à l’intelligence artificielle, tandis que d’autres travaillent encore à structurer leur politique dans ce domaine. Au Sénégal, la stratégie numérique nationale s’inscrit notamment dans le New Deal Technologique lancé en février 2025. La Côte d’Ivoire a également engagé sa propre démarche en matière d’IA. En Guinée, une feuille de route nationale couvrant la période 2026-2035 a été validée en décembre 2025. Le référentiel régional ne remplace donc pas ces politiques. Il cherche plutôt à établir des repères communs, à faciliter la coopération et à donner aux pays des bases partagées pour leurs travaux réglementaires. Cette coordination peut aussi compter dans les négociations internationales. Lorsque les normes relatives à l’IA sont discutées dans les enceintes multilatérales, des positions concertées peuvent aider les États à mieux défendre leurs priorités, notamment en matière de données, de langues et de développement économique.

Le véritable défi commence après la publication

Un document commun ne suffit pas à encadrer les usages de l’intelligence artificielle. Pour avoir des effets, ses recommandations doivent être reprises dans les politiques publiques, soutenues par des budgets et appliquées par des institutions disposant des compétences nécessaires. Il faudra également former les administrations, sensibiliser les entreprises et renforcer les capacités des chercheurs et des développeurs locaux. Sans ces moyens, les principes risquent de rester des déclarations d’intention. Le débat avance aussi sur le terrain parlementaire. En septembre 2026, l’Assemblée nationale du Sénégal a organisé, avec Niyel, un atelier consacré à la régulation de l’intelligence artificielle, réunissant notamment des participants du Sénégal, du Bénin et du Burkina Faso. Les discussions portaient sur les cadres juridiques existants, les lacunes à combler et les moyens de renforcer la coopération entre parlements. Cette démarche montre que la question ne concerne plus seulement les spécialistes du numérique. Elle touche aussi les législateurs, les administrations et les citoyens, dont les droits peuvent être affectés par les décisions automatisées.

Une ambition africaine qui devra se mesurer aux actes

L’Afrique dispose déjà d’une stratégie continentale sur l’intelligence artificielle adoptée par l’Union africaine en 2024. Le référentiel des six pays vient compléter cette dynamique à une échelle régionale plus ciblée. Son intérêt dépendra désormais de sa capacité à influencer les décisions nationales : nouvelles règles, dispositifs de contrôle, programmes de formation, recherche locale et investissements dans les infrastructures. Pour le Sénégal et ses cinq partenaires, l’enjeu est de ne pas seulement adopter des outils conçus ailleurs, mais de participer à la définition des conditions dans lesquelles l’IA sera développée et utilisée. Le cadre commun est posé. La prochaine étape sera de voir quels pays s’en saisiront réellement, quelles mesures ils adopteront et comment ils en rendront compte.

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