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Mobile money : le plafond des comptes Wave ou Orange Money passe à 4 millions de FCFA le 2 novembre

La BCEAO double le plafond de détention de monnaie électronique et relève celui des recharges mensuelles à 15 millions de FCFA. Le même jour, les envois entre opérateurs devront passer par sa plateforme PI-SPI, gratuits jusqu’à 8 000 FCFA par jour. Ce qui change pour vous dans douze jours, et ce que les textes ne disent pas.

Pourquoi c’est importantSi vous recevez votre salaire, vos recettes ou de l’argent de la famille sur Wave ou Orange Money, la réglementation vous autorisera à en garder deux fois plus sur votre compte. Et un envoi vers un autre opérateur ne vous coûtera rien jusqu’à 8 000 FCFA par jour.

Un kiosque de transfert d’argent mobile à Lomé, au Togo, en 2021. Les nouvelles règles de la BCEAO s’appliquent le même jour dans les huit pays de l’UEMOA, du Sénégal au Togo.
Un kiosque de transfert d’argent mobile à Lomé, au Togo, en 2021. Les nouvelles règles de la BCEAO s’appliquent le même jour dans les huit pays de l’UEMOA, du Sénégal au Togo.Photo : Saliousoft, CC BY-SA 4.0 · source
Résumé en 30 secondes
  • À partir du 2 novembre 2026, un client identifié pourra détenir jusqu’à 4 millions de FCFA de monnaie électronique chez un même émetteur, contre 2 millions aujourd’hui (instruction BCEAO n° 020 du 8 octobre 2026).
  • Le cumul mensuel des recharges chez un même émetteur passe de 10 à 15 millions de FCFA ; tout dépassement exige l’accord préalable de la BCEAO, demandé par l’opérateur.
  • Le même jour, les transferts entre établissements devront passer par la plateforme PI-SPI, avec envoi gratuit jusqu’à 8 000 FCFA cumulés par jour, puis des frais de 0 à 0,8 %, et réception gratuite.
  • Les transferts internes à un même opérateur ne sont pas visés par le communiqué ; les envois entre pays de l’UEMOA suivront le même barème à partir du 1er juin 2027.
  • Dans une tribune publiée par OSIRIS, l’économiste Seydou Bocoum reproche à la réforme de relever les plafonds sans renforcer la traçabilité des transactions.
La suite : Ce que vous pourrez garder sur votre compte

Deux millions de francs CFA, un peu plus de 3 000 euros. C’est, aujourd’hui encore, le solde maximal qu’un client peut laisser sur son compte Wave, Orange Money ou tout autre porte-monnaie électronique de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Le lundi 2 novembre, ce plafond double.

Le changement tient en deux pages. L’instruction n° 020, signée le 8 octobre à Dakar par le gouverneur de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), Jean-Claude Kassi Brou, réécrit deux articles du texte de mai 2015 qui encadre les émetteurs de monnaie électronique dans les huit pays de l’Union monétaire ouest-africaine. Six jours plus tôt, un communiqué de la même banque centrale avait fixé de nouvelles règles pour les transferts d’un opérateur à l’autre, applicables à la même date. Pris ensemble, ces deux textes modifient la façon dont des dizaines de millions de personnes gardent et envoient leur argent.

Ce que vous pourrez garder sur votre compte

Le nouvel article 31 fixe à 4 millions de FCFA (environ 6 100 euros) le total des avoirs qu’un client identifié peut détenir auprès d’un même émetteur. Le mot « identifié » compte : le plafond vise les comptes ouverts avec une pièce d’identité vérifiée. Si vous avez plusieurs comptes ou cartes chez le même opérateur, leurs soldes s’additionnent. En revanche, le texte raisonne émetteur par émetteur : un compte Wave et un compte Orange Money ont chacun leur propre limite.

Deuxième chiffre, moins commenté : le montant cumulé des recharges sur un mois, chez un même émetteur, passe de 10 à 15 millions de FCFA (près de 22 900 euros). Ce plafond vise ceux qui font transiter beaucoup d’argent sans le garder : un compte peut rester sous les 4 millions tout en voyant passer bien davantage dans le mois.

Plafonds de la monnaie électronique dans l’UEMOA, avant et après le 2 novembre 2026

  • Solde maximal, jusqu’au 1er novembre2
  • Solde maximal, à partir du 2 novembre4
  • Recharges par mois, jusqu’au 1er novembre10
  • Recharges par mois, à partir du 2 novembre15

En millions de FCFA. Source : BCEAO, instruction n° 020 du 8 octobre 2026 ; presse pour les plafonds antérieurs

Les deux plafonds peuvent être dépassés, mais seulement avec l’accord préalable de la BCEAO. C’est l’opérateur, pas le client, qui en fait la demande : il doit en donner les motifs, la durée, le montant souhaité et décrire les contrôles renforcés qu’il mettra en place. La banque centrale peut limiter cette autorisation dans le temps ou la retirer. Les distributeurs (les points de dépôt et de retrait) et les accepteurs (les commerces qui encaissent par mobile money) échappent aux plafonds dans le cadre de leur activité professionnelle.

Une précision pratique : 4 et 15 millions sont des maxima réglementaires, pas des droits. Chaque opérateur reste libre d’appliquer des limites plus basses, en fonction notamment du niveau de vérification de votre compte. Ni Wave ni Orange Money n’avaient détaillé publiquement, à la date de cet article, comment ils adapteraient leurs propres seuils.

Les envois vers un autre opérateur, gratuits jusqu’à 8 000 FCFA par jour

Le second texte touche davantage de monde. Il concerne PI-SPI, la plateforme de paiement instantané que la BCEAO a ouverte le 30 septembre 2025 pour relier banques, institutions de microfinance et opérateurs de monnaie électronique. Un an plus tard, elle compte 175 participants et permet à plus de 38 millions de personnes de payer en quelques secondes d’un établissement à l’autre, selon la banque centrale. À partir du 2 novembre, toute transaction de monnaie électronique interopérable dans l’Union devra obligatoirement transiter par elle.

Les tarifs sont désormais fixés ainsi pour les transferts entre particuliers à l’intérieur d’un même pays. Tant que le total envoyé dans la journée ne dépasse pas 8 000 FCFA (environ 12 euros), par utilisateur et par établissement, c’est gratuit, quel que soit le nombre d’envois ; selon la BCEAO, ce seuil couvre 75 % des transactions de monnaie électronique de l’Union. Un transfert de plus de 8 000 FCFA peut être facturé entre 0 et 0,8 % de son montant hors taxes : 400 FCFA au maximum pour 50 000 FCFA. Recevoir de l’argent reste gratuit, sans limite de montant ni de nombre.

Jusqu’ici, la gratuité des envois entre particuliers sur PI-SPI était limitée en nombre d’opérations (30 par mois, selon Jeune Afrique). Le nouveau barème remplace ce quota par un seuil en francs, plus favorable aux petits envois répétés, ceux d’un vendeur de marché ou d’un étudiant qui reçoit son argent de poche, et moins généreux pour les gros montants, qui peuvent désormais être facturés.

Le texte a un périmètre précis. Il couvre les virements entre un compte en banque ou en microfinance et un porte-monnaie électronique, et les transferts entre établissements de monnaie électronique et établissements de paiement. Un envoi de Wave à Wave, ou d’Orange Money à Orange Money, ne passe pas par la plateforme : le communiqué ne le vise pas, et c’est le tarif de l’opérateur qui s’applique. Wave affiche 1 % sur ses transferts. Si rien ne bouge d’ici là, envoyer 50 000 FCFA à un client Orange Money pourrait donc coûter moins cher (400 FCFA au plus) qu’à un autre client Wave (500 FCFA).

  • Envoyer jusqu’à 8 000 FCFA cumulés par jour vers un autre établissement, dans votre pays : gratuit, sans limite de nombre.
  • Envoyer un montant supérieur à 8 000 FCFA : entre 0 et 0,8 % du montant hors taxes, selon l’établissement.
  • Recevoir : gratuit, quel que soit le montant.
  • Envoyer vers un autre pays de l’UEMOA : mêmes conditions qu’au niveau national, mais seulement à partir du 1er juin 2027.
  • Retraits d’espèces, paiements chez un commerçant, factures : hors du champ de ce communiqué, qui ne vise que les transferts entre personnes.

Un cas reste flou : celui de deux envois de 5 000 FCFA dans la même journée. Le premier est gratuit ; le second porte le total du jour à 10 000 FCFA sans être lui-même supérieur à 8 000 FCFA. Le communiqué ne dit pas s’il peut être facturé, ni sur quelle base.

Wave a rejoint la plateforme à la date butoir

Cette échéance explique un ralliement attendu depuis un an. Absent des 45 établissements présents au lancement de PI-SPI, Wave figure depuis le 30 septembre 2026 sur la liste des participants autorisés à ouvrir les services de la plateforme au public, au Sénégal comme en Côte d’Ivoire. La date n’est pas un hasard : une décision de la BCEAO du 25 juin avait fixé au 30 septembre l’échéance de raccordement pour les banques, les émetteurs de monnaie électronique et les établissements de paiement. Le Sénégal compte 43 participants, devant la Côte d’Ivoire (38). Quels services Wave a effectivement ouverts à ses clients, et à quelle date, n’a pas été précisé publiquement.

Pour Wave, l’affaire n’a rien d’anodin au Sénégal, où il domine le marché. Au 21 août 2026, l’encours de monnaie électronique y atteignait 571 milliards de FCFA, dont 459 milliards chez Wave et 106 milliards chez Orange Money, selon le site Launch Base Africa. Le modèle de Wave reposait sur des dépôts et retraits gratuits et un prix d’envoi bas. Une gratuité imposée par le régulateur pour les petits montants réduit cet avantage, estime l’économiste Seydou Bocoum dans une tribune publiée le 10 octobre par l’Observatoire OSIRIS : selon lui, « le PI-SPI déplace la concurrence du prix vers la capacité à financer », c’est-à-dire vers le crédit.

La critique : des plafonds plus hauts, mais pas plus de traçabilité

Trois jours plus tard, le même auteur a publié sur OSIRIS une critique plus directe du relèvement des plafonds. Son argument central : l’instruction du 8 octobre renforce la protection de la liquidité des émetteurs, mais ne dit rien de la traçabilité des transactions. « On augmente le débit d’un robinet sans installer de compteur », écrit-il.

Il en tire deux conséquences. Pour les banques d’abord : selon lui, 4 millions de FCFA représentent déjà le salaire mensuel de nombreux cadres urbains de la zone, et si les employeurs versent les salaires directement sur les porte-monnaie électroniques, les banques perdent le client et ses données. « Si les salaires migrent vers les wallets, les banques ne seront plus que des coffres-forts sans visage », écrit-il, en rappelant que la Banque mondiale jugeait dès 2023 que le plafond de 2 millions limitait la pression concurrentielle des émetteurs sur les banques. Pour les États ensuite, explique-t-il : dans plusieurs pays de l’Union, la collecte de la TVA et de l’impôt sur le revenu s’appuie largement sur les données bancaires. À mesure que l’activité se déplace vers les téléphones, une partie des revenus devient invisible. « Ce n’est pas de la fraude organisée, c’est une cécité structurelle », résume-t-il.

« Elle ne contrôle pas l’argent qui circule réellement entre les téléphones. »

Seydou Bocoum, économiste, à propos de la BCEAO, dans une tribune publiée par OSIRIS le 13 octobre 2026

L’économiste reproche aussi à l’infrastructure d’être éclatée : GIMpay, la plateforme lancée en novembre 2024 par le groupement interbancaire GIM-UEMOA, serait encore en intégration technique, et la BCEAO ne disposerait pas d’outil de supervision des transactions en temps réel. Ces deux affirmations n’engagent que lui.

Le texte de la BCEAO, lui, assume son objet : la sécurité de l’argent déposé. Le nouvel article 34 dresse la liste fermée des placements autorisés pour l’argent qui « couvre » les soldes des clients : dépôts à vue ou à terme dans des banques et des institutions de microfinance, titres de dette émis ou garantis par les États, des institutions financières régionales ou des entreprises cotées à la Bourse régionale des valeurs mobilières. Les dépôts à vue doivent représenter à tout moment au moins 65 % de la monnaie électronique en circulation, pour que les retraits puissent être honorés. Ces actifs sont comptés à la plus faible de leur valeur d’achat et de leur valeur de marché, et la BCEAO peut imposer des seuils différents selon le profil de risque de chaque émetteur. Quant à la lutte contre le blanchiment, l’instruction vise dans son préambule la loi uniforme en vigueur dans l’Union, mais n’ajoute aucune obligation de déclaration ou de suivi des flux.

Le terrain est immense, et largement dormant : en 2024, l’Union comptait 248,7 millions de comptes de monnaie électronique, dont 76,8 millions actifs, selon des chiffres de la BCEAO repris par La Nouvelle Tribune. La prochaine échéance est déjà fixée : le 1er juin 2027, les envois entre les huit pays passeront au même barème que les envois nationaux.

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Sources
  1. Instruction n° 020 portant modification de l’Instruction n° 008-05-2015 du 21 mai 2015 régissant les conditions et modalités d’exercice des activités des émetteurs de monnaie électronique dans l’UMOA, BCEAO.
  2. Transactions de monnaie électronique entre personnes physiques par l’intermédiaire de la PI-SPI de l’UEMOA (communiqué du 2 octobre 2026), BCEAO.
  3. UMOA : la BCEAO double le plafond des avoirs en monnaie électronique à 4 millions de FCFA, Financial Afrik.
  4. Mobile money : la BCEAO relève le plafond des comptes à 4 millions FCFA et les rechargements mensuels à 15 millions, Sika Finance.
  5. Wave et Orange Money : quand la BCEAO relève les plafonds, l’État risque de perdre la trace de l’argent, OSIRIS.
  6. Le vrai gagnant du nouveau règlement BCEAO n’est pas Wave mais Orange Money, OSIRIS.
  7. Wave rejoint la plateforme de paiement instantané de la BCEAO un an après son lancement, OSIRIS (Agence Ecofin).
  8. Fintech unicorn Wave caves to regulators as BCEAO holds firm on West Africa’s payment deadline, Launch Base Africa.
  9. Wave rallie PI-SPI, SenePlus (d’après Jeune Afrique).
  10. Mobile money dans l’UEMOA : transferts gratuits et plafonds relevés, ce qui change dès le 2 novembre, La Nouvelle Tribune.

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