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SORAM Afrique lève 1,36 million de dollars pour donner une seconde vie aux imprimantes

Le reconditionneur dakarois d’imprimantes professionnelles reçoit 1,36 million de dollars de Saviu Ventures et de ses propres dirigeants. Une première pour ce fonds tourné vers l’Afrique francophone, qui mise sur une entreprise industrielle plutôt que sur une application, avec la Côte d’Ivoire en ligne de mire.

Pourquoi c’est importantUne imprimante remise en état coûte moins cher qu’une neuve et ne finit pas dans une décharge : pour les PME, les écoles et les administrations, c’est un équipement plus abordable, et pour les investisseurs, la preuve qu’une PME industrielle peut lever des fonds.

Un copieur multifonction Konica Minolta, l’une des marques que SORAM Afrique rachète, remet en état et replace chez ses clients en Afrique de l’Ouest.
Un copieur multifonction Konica Minolta, l’une des marques que SORAM Afrique rachète, remet en état et replace chez ses clients en Afrique de l’Ouest.Photo : Baron Maddock, CC BY 4.0 · source
Résumé en 30 secondes
  • SORAM Afrique, entreprise dakaroise qui reconditionne des imprimantes professionnelles, lève 1,36 million de dollars (environ 1,2 million d’euros) auprès de Saviu Ventures et de son équipe dirigeante.
  • Elle revendique plus de 1 000 clients et environ 4 000 machines placées au Sénégal, en Gambie et en Guinée ; son groupe OLU 360 compte 60 salariés et 1,3 milliard de francs CFA de chiffre d’affaires.
  • L’argent doit financer l’expansion en Afrique de l’Ouest, à commencer par la Côte d’Ivoire.
  • C’est le premier investissement « climat » de Saviu II, un fonds tourné vers l’Afrique francophone qui a déjà réuni 25 millions d’euros, qui dit miser sur l’industrie autant que sur le logiciel.
  • En Afrique, moins de 1 % des déchets électroniques sont collectés et recyclés dans les règles : prolonger la vie des machines est une réponse directe.
La suite : Un métier simple : racheter, réparer, replacer

Pas d’application, pas d’algorithme, pas de plateforme : la dernière levée de fonds sénégalaise porte sur des copieurs. SORAM Afrique, une entreprise installée à Dakar depuis plus de dix ans, annonce avoir réuni 1,36 million de dollars, soit environ 1,2 million d’euros, pour financer sa croissance en Afrique de l’Ouest.

L’argent vient de Saviu Ventures, un investisseur présent à Paris et à Nairobi, qui intervient par son deuxième fonds, Saviu II. L’équipe dirigeante de SORAM a elle aussi mis au pot, un signal que les investisseurs apprécient : ceux qui connaissent le mieux l’entreprise acceptent d’y risquer leur propre argent. Le montant de chaque apport et la part du capital cédée n’ont pas été rendus publics.

L’opération a été annoncée le 5 octobre 2026 et relayée par plusieurs médias spécialisés dans les start-up africaines. Pour Saviu, c’est aussi une première : son premier investissement classé « climate tech », c’est-à-dire dans une technologie qui réduit l’empreinte environnementale d’une activité.

Un métier simple : racheter, réparer, replacer

Fondée et dirigée par Florian Baudoin, SORAM Afrique ne vend pas de machines neuves. Son métier consiste à acheter des imprimantes et des copieurs professionnels en fin de contrat, surtout des modèles Konica Minolta, Kyocera et Canon, à les remettre en état dans ses ateliers, puis à les installer chez des clients qui n’auraient pas forcément les moyens de s’équiper à neuf.

« On rachète partout dans le monde des parcs de machines promis à la destruction, on les reconditionne. »

Florian Baudoin, dirigeant de SORAM Afrique, cité par TechAfrika

Selon TechAfrika, l’entreprise fait venir une dizaine de conteneurs par an et remet en service environ 250 machines sur la même période. Depuis ses débuts, elle revendique plus de 1 000 clients et environ 4 000 machines placées dans trois pays : le Sénégal, la Gambie et la Guinée.

Sa clientèle est variée : petites et moyennes entreprises, grands groupes, services de l’État, écoles et établissements de formation. Autant de structures pour lesquelles l’impression reste une affaire quotidienne, des factures aux bulletins de notes en passant par les dossiers administratifs.

Le service ne s’arrête pas à la livraison. SORAM décrit un parcours en cinq étapes : un audit des besoins du client, une recommandation d’équipement, l’installation, la formation des utilisateurs, puis un suivi pour ajuster le parc dans la durée. C’est ce suivi, plus que la vente d’une machine, qui fidélise les clients et assure des revenus réguliers.

OLU 360, un groupe qui veut grandir en Afrique de l’Ouest

SORAM n’avance plus seule. Elle fait désormais partie d’OLU 360, une société holding qui réunit trois entreprises présentées comme complémentaires : SORAM Afrique, IRIS Afrique et SIS. Ensemble, elles emploient 60 personnes, réalisent 1,3 milliard de francs CFA de chiffre d’affaires, soit environ 2 millions d’euros, et gèrent aujourd’hui plus de 2 000 machines.

C’est ce groupe que l’argent doit faire grandir. Il est déjà présent en Gambie et en Guinée, et vise maintenant la Côte d’Ivoire, premier marché de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Le choix est logique : Abidjan concentre un grand nombre de sièges d’entreprises, de banques et d’administrations, donc de bureaux qui impriment.

Le calendrier de cette implantation et le nombre d’embauches prévues n’ont pas été précisés. Ouvrir un nouveau pays suppose des techniciens formés, un stock de pièces détachées et des délais d’intervention courts : dans ce métier, une imprimante en panne chez un client, c’est un client qui doute.

Pourquoi un fonds tech mise sur des imprimantes

Saviu Ventures investit d’ordinaire dans des start-up du numérique qui vendent leurs services à d’autres entreprises. Son premier fonds, lancé en 2018 avec 10 millions d’euros, a soutenu douze jeunes pousses, dont 72 % actives en Afrique francophone, selon l’Agence Ecofin.

Le second, Saviu II, a réuni 12 millions d’euros fin 2023, puis 25 millions début 2025, avec l’arrivée de Proparco, de Triple Jump et d’AXIAN. Le 27 février 2026, la Banque africaine de développement y a ajouté 6,5 millions d’euros, dont 2 millions placés en première perte pour le compte de la Commission européenne, dans le cadre du programme Boost Africa. L’objectif final se situe entre 30 et 50 millions d’euros.

Ce fonds prévoit d’accompagner une vingtaine d’entreprises, du premier tour de table à la série A, avec des tickets de 500 000 euros à 3 millions d’euros, et de consacrer au moins 60 % de ses moyens aux marchés francophones, dont le Sénégal. Le chèque accordé à SORAM se situe donc dans le bas de cette fourchette.

Le fonds assume le message. Pour Saviu, les futurs champions africains « ne se construiront pas seulement dans le logiciel » (notre traduction), et il dit miser sur des opérateurs locaux solides et sur des modèles industriels capables de grandir. Un discours qui tranche avec l’époque où les investisseurs ne juraient que par les applications et la croissance à tout prix.

Le contexte explique ce virage. Depuis 2023, l’argent des investisseurs se fait plus rare sur le continent, et les fonds réclament des entreprises qui gagnent déjà de l’argent. Une PME de plus de dix ans, avec 1,3 milliard de francs CFA de chiffre d’affaires et des clients fidèles, présente un risque bien différent d’une jeune pousse qui cherche encore son marché.

Les déchets électroniques, l’autre enjeu

Si l’opération est rangée dans la catégorie climat, c’est parce qu’une machine réparée et utilisée quelques années de plus n’a pas besoin d’être remplacée aussi vite. Moins de machines neuves fabriquées et transportées, moins de consommables jetés, moins d’appareils envoyés à la casse.

L’enjeu dépasse largement les imprimantes. Selon le Global E-waste Monitor 2024, publié par l’Union internationale des télécommunications et l’Institut des Nations unies pour la formation et la recherche, le monde a produit 62 millions de tonnes de déchets électroniques en 2022, dont seulement 22,3 % ont été collectés et recyclés dans les règles. En Afrique, cette part tombe sous 1 %. Le volume mondial pourrait atteindre 82 millions de tonnes en 2030.

Cartes électroniques et boîtiers abandonnés à Agbogbloshie, à Accra (Ghana). En Afrique, moins de 1 % des déchets électroniques sont collectés et recyclés dans les règles.
Cartes électroniques et boîtiers abandonnés à Agbogbloshie, à Accra (Ghana). En Afrique, moins de 1 % des déchets électroniques sont collectés et recyclés dans les règles.Muntaka Chasant, CC BY-SA 4.0

Le reconditionnement est l’une des réponses les plus simples à ce problème, à condition d’être bien fait. Toute la différence se joue entre un appareil réellement remis en état, testé et garanti, et un lot de matériel usagé importé sans contrôle, qui ne fonctionnera que quelques mois avant de grossir les décharges. Les entreprises du secteur ont donc intérêt à prouver la qualité de leurs machines, et la traçabilité de ce qu’elles deviennent en fin de vie.

Le modèle a aussi ses fragilités. SORAM dépend de parcs de machines rachetés à l’étranger, donc des cours du matériel d’occasion, du fret maritime et des taux de change. Les constructeurs, de leur côté, poussent de plus en plus leurs propres offres de location et de services. Et l’impression elle-même recule doucement, à mesure que les administrations et les entreprises passent au numérique.

Reste que, dans la plupart des pays de la région, l’imprimé n’est pas près de disparaître : pièces administratives, examens, factures, contrats. Tant que le papier reste de rigueur, un copieur fiable et moins cher garde sa clientèle. C’est sur cette réalité, plus que sur une promesse technologique, que Saviu a choisi de miser.

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Sources
  1. Senegalese Industrial Company SORAM Afrique Raises USD 1.36 M From Saviu, WeeTracker.
  2. Saviu Ventures makes first climate tech bet with $1.36 million round in Senegal’s SORAM Afrique, Tech In Africa.
  3. Sénégal : Saviu Ventures investit 1,36 million de dollars dans le reconditionneur d’imprimantes SORAM Afrique, TechAfrika.
  4. Senegal’s SORAM Afrique raises $1.36m to expand its equipment business, Business Tech Africa.
  5. AfDB enters Saviu II as a limited partner with €6.5M, targeting underfinanced tech startups in Francophone Africa, Agence Ecofin.
  6. The Global E-waste Monitor 2024, UIT / UNITAR.

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