Startups africaines : 260 millions de dollars levés en septembre, et dix opérations raflent presque tout
Énergie solaire, motos électriques, paiement en ligne : les jeunes pousses africaines ont levé 260,3 millions de dollars en septembre. C’est deux fois plus qu’il y a un an, mais 85 % de la somme est allée à dix entreprises. Le Sénégal, lui, se contente de 1,3 million.
Pourquoi c’est importantCes chiffres disent où va l’argent des investisseurs, et donc quels services verront le jour près de chez vous. Ils montrent aussi qu’une start-up de Dakar ou d’Abidjan a aujourd’hui beaucoup de mal à lever de grosses so
- Les start-up africaines ont levé 260,3 millions de dollars en septembre 2026 en 54 opérations : +88 % sur un an, −40 % par rapport à août.
- Les dix plus grosses opérations ont pris 85,5 % de la somme, Odyssey Energy Solutions (74 millions) en tête.
- L’énergie a devancé la fintech, et 43 % de l’argent levé était de la dette.
- L’Égypte (74,6 millions) et le Kenya (54,2 millions) dominent ; le Sénégal n’a levé que 1,3 million, la Côte d’Ivoire 1,6 million.
- Sur l’année, les montants restent proches de ceux de 2025 : le marché se stabilise mais se concentre.
Septembre a été un mois correct pour les start-up africaines, sans plus. Selon le décompte de Nairametrics publié le 8 octobre, elles ont annoncé 54 opérations pour un total de 260,3 millions de dollars. Si l’on regarde un an en arrière, c’est un bond : 138,3 millions en septembre 2025, soit 88 % de mieux. Si l’on regarde le mois précédent, c’est une chute de 40 % par rapport aux 435,2 millions d’août.
Il faut toutefois relativiser août. Ce mois-là, une seule opération, les 250 millions de dollars levés par Moove, pesait près de 69 % du total. Septembre n’a pas eu sa méga-levée, et c’est peut-être une meilleure photographie de l’état réel du marché. Elle n’est pas très rassurante pour autant.
Dix entreprises, 222 millions de dollars
Les dix plus grosses opérations (onze en réalité, deux sont ex aequo à la dixième place) ont capté 222,6 millions de dollars, soit 85,5 % de l’argent du mois. Les 43 autres se partagent donc moins de 38 millions. Le nombre d’opérations recule aussi : 54 contre 62 en septembre 2025. Moins de chèques, mais plus gros.
En tête, Odyssey Energy Solutions, avec 74 millions de dollars : 27 millions en capital et 47 millions en dette. Cette plateforme met en relation plus de 6 000 installateurs de solaire avec des financeurs et des fournisseurs de matériel, dans une cinquantaine de pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Elle veut désormais financer directement les achats d’équipement. British International Investment (BII), la banque néerlandaise de développement FMO et Al Mada Ventures, le fonds lié au groupe marocain Al Mada, figurent parmi ses bailleurs.
Viennent ensuite l’égyptien Paymob, spécialiste du paiement en ligne, avec 35 millions de dollars en série C (Mubadala, la BERD, BII), puis le kényan Arc Ride, avec 33,3 millions. Arc Ride loue des motos électriques et gère un réseau de stations où les conducteurs échangent une batterie vide contre une pleine. D’après Proparco, qui fait partie du tour, l’enveloppe se compose de 23 millions en capital et de 10 millions de dette. L’entreprise veut ajouter 5 000 motos à sa flotte et s’installer au Ghana, en Afrique du Sud, en Tanzanie et en Ouganda.
La suite du classement : Spiro, autre acteur de la moto électrique, avec 18 millions de dollars de dette ; l’égyptien Synapse Analytics (13 millions, série A avec Partech Africa) ; Nawy, plateforme immobilière égyptienne (12,3 millions de dette) ; la fintech égyptienne Zeal (10 millions) ; SunCulture, qui vend des pompes solaires aux agriculteurs kényans (10 millions de dette) ; Watu, qui finance des motos en Ouganda (7 millions) ; enfin Powergen et Sun King, 5 millions chacun.

L’énergie devant la fintech, et la dette partout
Pour une fois, ce n’est pas la fintech qui arrive en tête. L’énergie et l’eau totalisent 94,2 millions de dollars (36 % du mois) en seulement cinq opérations. La fintech suit avec 67 millions, mais répartis sur 17 opérations : c’est toujours le secteur où il se signe le plus de tours, avec des montants plus petits. La logistique et le transport complètent le podium avec 58,5 millions, portés par les deux-roues électriques.
Le détail le plus parlant est ailleurs : 112,1 millions de dollars, soit 43 % du total, sont de la dette et non du capital. Ce n’est pas un hasard si les plus gros tours concernent le solaire, les motos ou l’immobilier. Ces entreprises ont des actifs à financer, panneaux, batteries, véhicules, et des revenus réguliers pour rembourser. Les prêteurs, souvent des institutions de développement, suivent. Une application sans actif tangible n’a pas cette option.
Les deux-roues électriques illustrent bien cette logique. Arc Ride et Spiro, à eux deux, ont levé plus de 51 millions de dollars ce mois-ci. Leur modèle ressemble à celui d’un loueur : l’entreprise possède la moto et la batterie, le conducteur paie à la journée ou à l’échange de batterie. Pour un moto-taxi de Nairobi, Kampala ou Cotonou, cela évite d’avancer le prix d’un engin neuf. Pour l’investisseur, la moto reste un bien que l’on peut reprendre et relouer.
À l’autre bout de la chaîne, les tout jeunes projets se partagent des miettes. Les tours d’amorçage (« seed ») pèsent 6,4 millions de dollars en quatre opérations, les tours de pré-amorçage 2,7 millions en trois opérations. Pour un fondateur qui cherche son premier demi-million, le marché reste dur.
L’Égypte et le Kenya loin devant, l’Afrique francophone à la traîne
Par pays, l’Égypte arrive en tête avec 74,6 millions de dollars en neuf opérations, devant le Kenya (54,2 millions, neuf opérations également). Le Nigeria, pourtant souvent premier sur l’année, n’a récolté que 11,3 millions, alors qu’il a lui aussi signé neuf opérations. L’Afrique du Sud et l’Ouganda suivent avec 8,4 millions chacun, le Ghana avec 6,9 millions.

Pour l’Afrique francophone, le tableau est maigre. La Côte d’Ivoire pointe à 1,6 million de dollars, le Sénégal à 1,3 million pour deux opérations. L’Afrique de l’Ouest dans son ensemble a pourtant signé 18 opérations, plus que toute autre région, mais pour seulement 39,1 millions. Beaucoup de petits tickets, peu de gros. L’Afrique centrale, elle, n’a quasiment rien reçu : 500 000 dollars.
Ce déséquilibre n’est pas nouveau. Les grands fonds sont installés à Nairobi, Lagos, Le Caire ou Johannesburg et investissent d’abord là où ils ont leurs réseaux. Des fonds tournés vers l’Afrique francophone existent, à l’image de Saviu Ventures, qui vient d’investir dans le dakarois SORAM Afrique, mais leurs tickets se comptent en centaines de milliers ou en quelques millions de dollars, rarement plus.
Une année qui fait du surplace
Sur l’ensemble de 2026, la tendance est à la stabilité plus qu’à la reprise. De janvier à août, TechCabal Insights a recensé 2,10 milliards de dollars en 275 opérations, à peine plus que les 2,07 milliards de la même période en 2025. D’après le suivi d’Africa: The Big Deal, la barre des 2 milliards hors rachats n’a été franchie qu’en septembre, quelques semaines plus tard qu’en 2025 et en 2023, où elle l’avait été dès le mois d’août.
Une précaution s’impose : les compteurs ne disent jamais exactement la même chose. Pour le seul mois d’août, Nairametrics compte 435,2 millions de dollars, TechCabal 438 millions, Africa: The Big Deal environ 455 millions. Chacun a ses règles pour classer une entreprise par pays, compter ou non la dette, inclure ou non les rachats. Le cas de Spiro, longtemps rattachée au Bénin puis installée à Nairobi, en est un bon exemple. Les tendances, elles, convergent.
Et la tendance de fond, c’est la concentration. Les investisseurs misent plus gros sur moins d’entreprises, de préférence celles qui ont des actifs à faire financer par de la dette. Pour les autres, surtout dans les pays francophones, il faudra encore compter sur les petits fonds, les business angels et les programmes publics. Le prochain test sera octobre, avec ou sans méga-levée.
- Total de septembre 2026 : 260,3 millions de dollars en 54 opérations.
- Part des dix premières : 85,5 %.
- Dette : 43 % du total.
- Premier secteur : énergie et eau (94,2 millions).
- Premier pays : Égypte (74,6 millions) ; Sénégal : 1,3 million.
- African startups raise $260.3 million as top 10 account for 85.5% in September 2026, Nairametrics.
- Odyssey Energy Solutions Raises $74 Million to Expand Distributed Renewable Energy Platform, SolarQuarter.
- Arc Ride raises $33.3 million, Launch Base Africa.
- Kenya’s Arc Ride raises $33.3M to expand into South Africa, The Condia.
- African startups hit $2.10 billion in 8 months, TechCabal Insights.
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