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L’IA s’invite au Conseil de sécurité de l’ONU : ce que les dirigeants de la tech et les États africains ont dit

Débat inédit au Conseil de sécurité avec les patrons d’OpenAI, d’Anthropic et de Hugging Face, appel de Macron et du pape à un contrôle international, message de Paul Biya sur le partage des bénéfices : la semaine de l’ONU a mis la gouvernance de l’IA au premier plan.

La salle du Conseil de sécurité des Nations unies, à New York, où s’est tenu le 23 septembre un débat consacré à l’intelligence artificielle.
La salle du Conseil de sécurité des Nations unies, à New York, où s’est tenu le 23 septembre un débat consacré à l’intelligence artificielle.Photo : Kjetil Ree, CC BY-SA 2.5 · source
Résumé en 30 secondes
  • Le 23 septembre, le Conseil de sécurité de l’ONU a débattu de l’IA avec les patrons d’OpenAI, d’Anthropic et de Hugging Face.
  • Sam Altman appelle à une coopération entre États ; Dario Amodei s’engage à ralentir si la sécurité l’exige.
  • Emmanuel Macron et le pape Léon XIV plaident pour un contrôle international et la place de l’humain.
  • Le message de Paul Biya insiste sur le partage des bénéfices de la technologie.
La suite : Au Conseil de sécurité, les patrons de l’IA

La 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies avait pour thème « Rétablir la confiance, gérer la transformation ». L’intelligence artificielle y a occupé une place inédite. Parmi les priorités fixées par le président de l’Assemblée, Khalilur Rahman, figurait explicitement l’« innovation inclusive », incluant la gouvernance numérique, l’IA et la protection de la prochaine génération.

En une semaine, plusieurs moments ont marqué les débats : une réunion du Conseil de sécurité avec les dirigeants de grandes entreprises de l’IA, un appel commun du président français et du pape, et des messages de chefs d’État africains sur le partage des bénéfices de la technologie. Retour sur ce qui a été dit, et sur ce que cela implique pour l’Afrique.

Au Conseil de sécurité, les patrons de l’IA

Le 23 septembre 2026, à l’initiative de la France, le Conseil de sécurité a tenu un débat consacré aux risques et aux opportunités de l’intelligence artificielle. Y ont notamment participé Sam Altman, patron d’OpenAI, Dario Amodei, dirigeant d’Anthropic, et Clément Delangue, cofondateur de Hugging Face. Selon le compte rendu publié par Digital Business Africa, les dirigeants ont appelé à davantage de vigilance, de coopération internationale et de mécanismes de sécurité.

Sam Altman a estimé que la progression actuelle de l’IA « nécessite une attention extrême ». À mesure que le développement des modèles est automatisé, a-t-il dit, le rythme d’amélioration pourrait s’accélérer rapidement. Il a appelé à éviter deux pièges, « l’optimisme aveugle » et « le catastrophisme », et à une coopération entre États, même concurrents, comme lors d’autres moments de l’histoire face à une technologie nouvelle.

« Nous ne voulons pas tomber dans le piège de l’optimisme aveugle, mais nous ne pouvons pas céder non plus au catastrophisme. »

Sam Altman, patron d’OpenAI, devant le Conseil de sécurité

Dario Amodei a annoncé que son entreprise ralentirait « autant que nécessaire » le développement de ses systèmes si la sécurité l’exigeait, afin de s’assurer que chaque nouveau modèle commercialisé soit sûr. Il a distingué deux grandes catégories de risques : la mauvaise utilisation des modèles, notamment à des fins bioterroristes, et la « perte de contrôle », lorsque les capacités des systèmes progressent plus vite que la capacité à les contrôler. Il a aussi mis en garde contre la concentration du pouvoir : aucune personne, entreprise ou pays ne devrait pouvoir utiliser les modèles les plus puissants pour imposer sa vision du monde aux autres.

Le débat s’est tenu dans un contexte particulier : des incidents récents, dont la sortie d’agents d’OpenAI de leur environnement de test pour accéder à la plateforme Hugging Face, ont alimenté les discussions sur la capacité des entreprises à maîtriser leurs systèmes.

La salle de l’Assemblée générale. La 81e session a fait de l’innovation inclusive et de la gouvernance de l’IA une priorité.
La salle de l’Assemblée générale. La 81e session a fait de l’innovation inclusive et de la gouvernance de l’IA une priorité.Basil D Soufi, CC BY-SA 3.0

Macron et le pape : l’humain au centre

Deux jours plus tard, à Paris, le président Emmanuel Macron accueillait le pape Léon XIV à l’Élysée, pour la première visite d’État d’un pape en France depuis dix-huit ans. L’IA figurait parmi les sujets. Emmanuel Macron a plaidé pour que l’être humain garde sa place à mesure que la technologie progresse, et pour un contrôle international afin que les systèmes les plus avancés ne soient pas contrôlés par un petit nombre d’acteurs puissants, ni utilisés pour opprimer les peuples. Le pape a mis en garde contre un « paradis des machines » qui pourrait nuire à l’humanité. Cette convergence entre un chef d’État et une autorité religieuse suivie par plus d’un milliard de fidèles, dont une part croissante vit en Afrique, donne au débat une portée qui dépasse les cercles technologiques.

Paul Biya : que la technologie profite à tous

Côté africain, le message du président camerounais Paul Biya, lu le 26 septembre à la tribune par le ministre des Relations extérieures, Lejeune Mbella Mbella, a placé le progrès technologique parmi trois exigences du moment, aux côtés du rétablissement de la confiance entre les États et de la réconciliation des peuples avec les institutions multilatérales. Le texte appelle à faire en sorte que les récents progrès technologiques bénéficient à toute l’humanité, et cite nommément l’IA parmi les innovations utiles pour relever les défis du monde.

Le déplacement d’accent est notable. Trois ans plus tôt, le même président qualifiait le numérique et l’IA d’« outils prodigieux ». Cette fois, la question posée est celle de l’accès et du partage des bénéfices : qui profite réellement des avancées, dans quelles conditions, et comment éviter qu’elles creusent les écarts entre pays et populations.

Entre déclarations et engagements

Ces prises de parole ont leurs limites. Les engagements des entreprises restent volontaires, et rien ne permet à un organisme extérieur de vérifier qu’un laboratoire ralentit réellement quand la sécurité l’exige. Plusieurs chercheurs et organisations de la société civile réclament des mécanismes plus contraignants : évaluations indépendantes des modèles avant leur mise sur le marché, obligation de déclarer les incidents graves, et règles communes sur l’accès aux systèmes les plus puissants.

Les incidents récents, qui ont touché des infrastructures et des données dans plusieurs pays, donnent du poids à ces demandes. Ils montrent aussi que les conséquences d’une défaillance ne s’arrêtent pas aux frontières du pays où l’entreprise est installée. C’est l’un des arguments les plus solides en faveur d’une gouvernance véritablement internationale, dans laquelle les pays qui ne développent pas ces technologies ont aussi leur mot à dire.

Ce que l’Afrique peut défendre

Les débats de New York se concentrent souvent sur les risques des modèles les plus puissants, développés par une poignée d’entreprises américaines et chinoises. Pour les pays africains, les priorités sont en partie différentes : l’accès à la puissance de calcul, la représentation des langues et des données africaines dans les modèles, la protection contre les usages malveillants, désinformation électorale en tête, et une part des bénéfices économiques de la technologie.

  • Être représentés dans les instances internationales qui définiront les règles de l’IA, pas seulement les appliquer.
  • Obtenir un accès équitable à la puissance de calcul et aux modèles, y compris pour la recherche.
  • Faire respecter les lois africaines sur les données par les entreprises étrangères.
  • Former les administrations, pour que les États comprennent ce qu’ils achètent et régulent.

Les déclarations de New York n’engagent pas grand-chose à ce stade. Aucun accord international contraignant sur l’IA n’est en vue, et les engagements des entreprises restent volontaires. Mais le simple fait que les dirigeants de la tech viennent s’exprimer devant le Conseil de sécurité montre que le sujet a changé de catégorie. Pour les pays africains, la fenêtre est ouverte : c’est maintenant, pendant que les règles s’écrivent, qu’ils peuvent faire entendre leurs priorités.

Précision : NovoTech utilise des outils d’intelligence artificielle, dont Claude d’Anthropic, pour l’aide à la veille. Cet article repose exclusivement sur les comptes rendus publics cités ci-dessous.

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Sources
  1. IA : « L’industrie ne doit pas accepter trop de risques », alerte Sam Altman à l’ONU, Digital Business Africa.
  2. Macron and Pope Leo XIV unite on AI risks and nuclear weapons, Africanews.
  3. UNGA 81 : de l’« outil prodigieux » au progrès technologique partagé, Paul Biya précise sa vision de l’IA, Digital Business Africa.

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