DakarLagosNairobiParisSan FranciscoTokyo
EspaceAnalyse

Starship atteint l’orbite pour la première fois, mais rentre sept heures plus tôt que prévu

Le 14e vol d’essai de la fusée géante de SpaceX a déployé de vrais satellites Starlink et bouclé ses premiers tours de Terre, avant un retour anticipé dans le Pacifique. Une étape clé pour la Lune, Mars et l’Internet par satellite, y compris en Afrique.

Le décollage d’un prototype du Starship au Texas, en 2020. Six ans plus tard, la fusée a atteint l’orbite.
Le décollage d’un prototype du Starship au Texas, en 2020. Six ans plus tard, la fusée a atteint l’orbite.Photo : Forest Katsch, CC BY-SA 4.0 · source
Résumé en 30 secondes
  • Le 28 septembre, le Starship de SpaceX a réalisé son premier vol orbital et déployé 26 satellites Starlink V3.
  • Prévu pour une dizaine d’heures, le séjour en orbite a été écourté à un peu plus de trois heures.
  • Le vaisseau a amerri dans le Pacifique ; le premier étage dans le golfe du Mexique.
  • Étape clé pour Starlink de nouvelle génération, les missions lunaires et, à terme, Mars.
La suite : Ce qui était nouveau

Le 28 septembre 2026, le Starship de SpaceX a franchi une étape attendue depuis des années : pour la première fois, la plus grande fusée jamais construite s’est placée en orbite autour de la Terre. Lors de ce 14e vol d’essai, baptisé IFT-14, le vaisseau a déployé des satellites Starlink opérationnels, puis a réussi un amerrissage contrôlé dans le Pacifique, à l’ouest du Chili. SpaceX a salué « le premier vol orbital du Starship ».

Le succès n’est cependant pas complet. Alors que le vaisseau devait rester une dizaine d’heures en orbite et faire six fois le tour de la Terre, SpaceX a décidé de le faire rentrer après un peu plus de trois heures, à une altitude d’environ 275 kilomètres. L’entreprise n’a pas détaillé publiquement la raison de ce retour anticipé au moment de l’amerrissage.

Ce qui était nouveau

Jusqu’ici, SpaceX s’était volontairement arrêté juste avant l’orbite : lors des treize premiers essais, le vaisseau décrivait une longue courbe et redescendait avant d’avoir fait le tour de la planète. Le vaisseau partait du Texas, survolait l’Atlantique et l’Afrique, puis visait un amerrissage dans l’océan Indien, au large de l’Australie. Plusieurs de ces vols se sont terminés plus tôt, par la perte du vaisseau.

  • Premier vol réellement orbital du Starship, dans sa troisième version.
  • Premier déploiement opérationnel de satellites Starlink de troisième génération : 26 satellites à bord.
  • Décollage depuis Starbase, la base de SpaceX à Boca Chica, au Texas.
  • Retour du vaisseau par amerrissage dans le Pacifique ; le premier étage, Super Heavy, amerrissait dans le golfe du Mexique.

Lors du vol 13, en juillet, le Starship avait déjà emporté une vingtaine de vrais satellites Starlink V3, mais sur une trajectoire suborbitale : après avoir déployé leurs panneaux et communiqué avec la constellation, ils s’étaient consumés dans l’atmosphère. Cette fois, les satellites sont restés en orbite, ce qui commence à rentabiliser les vols d’essai.

Pourquoi l’orbite change tout

Atteindre l’orbite n’est pas qu’un symbole. C’est la condition pour que le Starship remplisse les missions pour lesquelles il a été conçu. D’abord, le déploiement de la constellation Starlink de nouvelle génération : les satellites V3, plus gros et plus puissants que les précédents, sont trop lourds pour être lancés en grand nombre par la fusée Falcon 9 actuelle. Ensuite, les missions vers la Lune : une version du Starship doit servir d’atterrisseur lunaire pour le programme américain Artemis. Enfin, l’ambition affichée par Elon Musk d’envoyer des vaisseaux vers Mars.

Pour toutes ces missions, il faudra aussi maîtriser le ravitaillement en orbite, c’est-à-dire transférer du carburant d’un vaisseau à un autre dans l’espace, et la réutilisation complète : rattraper le vaisseau et le premier étage pour les faire revoler rapidement. SpaceX a déjà rattrapé le premier étage avec les bras de sa tour lors de vols précédents. Pour ce vol, l’entreprise avait renoncé à tenter de rattraper le vaisseau, préférant un amerrissage.

Le site de construction et de lancement de SpaceX à Boca Chica, au Texas, baptisé Starbase.
Le site de construction et de lancement de SpaceX à Boca Chica, au Texas, baptisé Starbase.Jared Krahn, CC BY-SA 4.0

Un programme d’essais très rapide

La méthode de SpaceX surprend souvent : plutôt que de tester longuement au sol, l’entreprise fait voler des prototypes, accepte les échecs spectaculaires et corrige vite. Avant ce vol, elle avait bouclé fin août une campagne d’essais moteurs, dont l’allumage des six moteurs du vaisseau et des 33 moteurs du premier étage. L’un des essais simulait la manœuvre de désorbitation, ce freinage indispensable pour ramener le vaisseau vers la Terre, précisément la manœuvre effectuée plus tôt que prévu lors de ce vol.

L’entreprise avait aussi récupéré en mer le vaisseau du vol précédent, resté intact après son amerrissage dans l’océan Indien, et prélevé des morceaux de son bouclier thermique pour les analyser. Ce bouclier, qui protège le vaisseau de la chaleur extrême lors de la rentrée dans l’atmosphère, est l’un des points les plus délicats de la réutilisation rapide.

Pourquoi rentrer plus tôt n’est pas un échec

Un retour anticipé peut sembler décevant. Dans un programme d’essais, c’est souvent une décision de prudence. Pour ramener un vaisseau depuis l’orbite, il faut allumer ses moteurs dans le bon sens, au bon moment, pour le freiner et le faire plonger vers une zone de l’océan dégagée à l’avance. Si les ingénieurs observent une anomalie, sur la consommation de carburant, la température d’un composant ou le comportement du vaisseau, ils peuvent préférer écourter la mission pendant que toutes les conditions d’un retour contrôlé sont encore réunies.

L’essentiel des objectifs a été atteint : mise en orbite, déploiement de satellites opérationnels, manœuvre de désorbitation réussie et amerrissage contrôlé. Les données recueillies pendant ces trois heures en orbite serviront à préparer les vols suivants. C’est la logique de SpaceX depuis le début du programme : chaque vol apprend quelque chose, y compris lorsqu’il ne se déroule pas comme prévu.

Ce que cela change pour l’Afrique

La réussite du Starship intéresse directement le continent, par l’intermédiaire de Starlink. Le service d’Internet par satellite de SpaceX est disponible dans une partie des pays africains, et le service qui connecte directement les smartphones aux satellites vient d’être lancé en République démocratique du Congo et en Ouganda avec Airtel. Les satellites de troisième génération, que seul le Starship peut déployer à grande échelle, doivent offrir beaucoup plus de capacité, ce qui pourrait améliorer les débits et, à terme, faire baisser les prix.

Cette montée en puissance soulève aussi des questions pour les pays africains : dépendance à une entreprise privée étrangère pour une part croissante de la connectivité, concurrence avec les opérateurs locaux qui investissent dans les réseaux terrestres, et régulation d’un service qui passe au-dessus des frontières. Plusieurs régulateurs, comme en Ouganda, imposent déjà que la capacité satellitaire passe par des opérateurs locaux.

Il y a aussi une dimension scientifique et industrielle. Un lanceur lourd et réutilisable fait baisser le coût de mise en orbite de tout type de satellite, y compris ceux d’observation de la Terre utiles à l’agriculture, à la surveillance des forêts ou à la gestion des catastrophes. Plusieurs pays africains, dont le Nigeria, le Kenya, l’Égypte ou le Rwanda, développent des programmes spatiaux et des petits satellites. Des lancements moins chers, qu’ils viennent de SpaceX ou de ses concurrents, leur ouvrent des possibilités jusqu’ici hors de portée budgétaire.

Les prochaines étapes

Après ce premier vol orbital, les observateurs attendent plusieurs démonstrations : un séjour en orbite de la durée prévue, le rattrapage du vaisseau par la tour, et surtout le ravitaillement en orbite, indispensable aux missions lunaires. Le calendrier du programme Artemis, qui doit ramener des astronautes sur la Lune, dépend en partie de ces avancées. Le retour anticipé de ce vol rappelle que chaque étape reste un essai. Mais la direction est claire : la fusée qui ne faisait que des sauts de puce s’est installée, pour la première fois, dans la ronde des satellites autour de la Terre. La concurrence, américaine, chinoise et européenne, suit de près, car la maîtrise d’un lanceur lourd réutilisable pèsera sur l’économie spatiale des décennies à venir.

Cet article vous a-t-il servi ?
Sources
  1. Le tout premier vol orbital du Starship tourne court, SpaceX décide de faire rentrer le Ship bien plus tôt que prévu, Numerama.
  2. Starship : SpaceX réussit le décollage de la fusée géante et le retour en mer du booster, et vise sa première mise en orbite, Numerama.

Une erreur ? Écrivez à infos@novotech.blog. Les corrections sont signalées en fin d'article.

À lire aussi

Une galette de silicium gravée de puces. Les processeurs quantiques supraconducteurs comme Willow sont eux aussi fabriqués à plat, ce qui pèse dans les choix d’architecture de Google.Analyse
Science · États-Unis

Google fabrique des « états magiques » quarante fois plus fiables sur sa puce quantique Willow

Dans la revue Science, Google Quantum AI montre pour la première fois sur du matériel une méthode, la « culture d’états magiques », qui produit à moindre coût l’ingrédient le plus cher du calcul quantique. Un préprint signé avec DeepMind et le MIT promet aussi de diviser le nombre de qubits nécessaires. L’ordinateur quantique utile, lui, n’existe toujours pas.

6 min de lecture

Plus sur NovoTech

Le Brief NovoTech

La tech africaine et mondiale, chaque matin à 7 h.

Cinq sujets, cinq minutes, heure de Dakar. Gratuit, désinscription en un clic.

Nous ne revendons pas les adresses.