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Arabsat confie à la Chine la construction de son satellite Arabsat-50 : un contrat qui dit beaucoup sur le marché spatial

L’organisation arabe des satellites a choisi le constructeur chinois CGWIC pour le satellite de télévision qui marquera ses 50 ans. Pékin s’impose comme fournisseur de satellites clés en main pour le monde arabe et l’Afrique.

Des paraboles sur les toits au Moyen-Orient. La télévision par satellite reste un média majeur dans le monde arabe et en Afrique du Nord.
Des paraboles sur les toits au Moyen-Orient. La télévision par satellite reste un média majeur dans le monde arabe et en Afrique du Nord.Photo : Bbbremi, CC BY-SA 3.0 · source
Résumé en 30 secondes
  • Arabsat a confié au chinois CGWIC la construction d’Arabsat-50, satellite de télévision en bande Ku.
  • Placé à 26 degrés Est, il renforcera la diffusion vers le monde arabe et servira de secours pour la flotte.
  • CGWIC a déjà construit des satellites pour le Nigeria (NigComSat) et l’Algérie (Alcomsat-1).
  • Le contrat illustre la place croissante de la Chine dans le spatial au Moyen-Orient et en Afrique.
La suite : Un satellite pour la télévision

L’Organisation arabe de communications par satellite, Arabsat, a signé avec la China Great Wall Industry Corporation (CGWIC) un accord pour la construction de son nouveau satellite, baptisé Arabsat-50. Le nom rend hommage au cinquantième anniversaire de l’organisation, créée en 1976 par les pays de la Ligue arabe pour doter la région de ses propres capacités de télécommunications spatiales.

Le contrat, annoncé fin septembre 2026, est technique en apparence. Il éclaire pourtant une évolution du marché mondial des satellites : la place croissante des constructeurs chinois auprès des opérateurs du Moyen-Orient et d’Afrique, longtemps clients presque exclusifs des industriels européens et américains.

Un satellite pour la télévision

Arabsat-50 sera un satellite de forte puissance en bande Ku, la gamme de fréquences utilisée pour la télévision reçue directement par les ménages sur leur parabole. Il sera placé à la position orbitale de 26 degrés Est, l’une des plus importantes de la région, d’où Arabsat diffuse depuis longtemps des centaines de chaînes vers le monde arabe, l’Afrique du Nord et au-delà.

Selon Arabsat, le satellite offrira une grande souplesse d’exploitation : ses faisceaux et ses fréquences pourront être redistribués en fonction des besoins, ce qui améliore la gestion des capacités et la continuité du service. Il servira aussi de réserve pour le reste de la flotte, notamment à 26 degrés Est, dans le cadre des plans de continuité et de reprise après sinistre de l’organisation.

  • Constructeur : China Great Wall Industry Corporation (CGWIC).
  • Plateforme : DFH-3E, décrite par Arabsat comme éprouvée et fiable.
  • Usage : télévision directe par satellite en bande Ku, pour les chaînes publiques et privées de la région.
  • Position : 26 degrés Est, avec un rôle de secours pour la flotte.

La Chine, fournisseur clés en main

CGWIC est l’entreprise publique chinoise chargée de commercialiser à l’international les satellites et les lancements de l’industrie spatiale du pays. Elle s’est fait une spécialité des contrats « en orbite » : le client reçoit un satellite construit, lancé et mis en service, souvent accompagné d’un financement et d’une formation de ses équipes. Cette formule a séduit plusieurs pays qui voulaient un satellite national sans disposer d’industrie spatiale.

L’Afrique en offre plusieurs exemples. Le Nigeria a fait construire par CGWIC son satellite de communication NigComSat-1, lancé en 2007, puis son remplaçant NigComSat-1R en 2011, après la perte du premier. L’Algérie a fait de même avec Alcomsat-1, lancé en 2017. D’autres pays d’Asie et d’Amérique latine ont suivi. À chaque fois, l’argument chinois a combiné un prix compétitif, des délais maîtrisés et un soutien financier.

Le lancement du satellite Arabsat-6A en 2019. L’organisation a longtemps travaillé avec des industriels européens et américains.
Le lancement du satellite Arabsat-6A en 2019. L’organisation a longtemps travaillé avec des industriels européens et américains.Official SpaceX Photos, CC0

Un tournant pour Arabsat

Pour Arabsat, le choix est significatif. L’organisation, dont le siège est à Riyad, a longtemps fait construire ses satellites par des industriels européens et américains, et a fait lancer certains d’entre eux par des fusées occidentales, comme Arabsat-6A, lancé en 2019. Confier Arabsat-50 à un constructeur chinois témoigne d’une diversification des partenaires, cohérente avec le rapprochement économique entre les pays du Golfe et la Chine.

Les considérations techniques et commerciales jouent aussi. Pour un satellite de télévision, qui doit fonctionner de manière fiable pendant une quinzaine d’années, la plateforme compte davantage que la nouveauté. La plateforme DFH-3E, dérivée d’une famille chinoise utilisée depuis des années, répond à ce besoin. Et le coût d’un satellite chinois reste généralement inférieur à celui de ses concurrents occidentaux.

Comment se construit un satellite de télévision

Un satellite de télécommunications se compose de deux grandes parties. La plateforme, d’abord : la structure, les panneaux solaires, les batteries, la propulsion qui le maintient à sa position, et les systèmes de contrôle. La charge utile, ensuite : les antennes et les répéteurs qui reçoivent les signaux envoyés depuis le sol par les chaînes de télévision et les renvoient vers les paraboles des foyers. Pour Arabsat-50, CGWIC fournira une plateforme DFH-3E et une charge utile en bande Ku.

La construction d’un tel satellite prend généralement deux à trois ans, auxquels s’ajoutent le lancement, puis plusieurs semaines de manœuvres et de tests en orbite avant la mise en service. Le calendrier d’Arabsat-50 n’a pas été détaillé dans l’annonce, pas plus que le montant du contrat ou le lanceur retenu. Dans les contrats clés en main de CGWIC, le lancement est souvent assuré par une fusée chinoise Longue Marche.

Le choix de la position de 26 degrés Est n’est pas anodin. Les positions orbitales géostationnaires sont une ressource rare, attribuée et coordonnée au niveau international par l’Union internationale des télécommunications. Arabsat y exploite depuis longtemps ses satellites de la famille Badr, suivis par des millions de foyers. Remplacer ou renforcer les satellites à cette position est essentiel pour ne pas perdre les chaînes et les téléspectateurs qui y sont habitués.

La télévision par satellite résiste

On pourrait croire la télévision par satellite condamnée par le streaming. Dans le monde arabe et en Afrique, elle reste pourtant un média de masse. La réception est gratuite une fois la parabole installée, elle ne dépend ni d’un abonnement Internet ni de la qualité du réseau mobile, et elle couvre les zones rurales comme les villes. Pour des millions de foyers, c’est encore le principal accès à l’information et au divertissement.

Les opérateurs de satellites adaptent néanmoins leur modèle. Les satellites récents, comme Arabsat-50, sont plus flexibles pour pouvoir changer d’usage au fil des années. Et le secteur voit arriver la concurrence des constellations en orbite basse, comme Starlink, qui visent surtout l’accès à Internet mais transforment l’économie de l’espace.

Pour les chaînes de télévision africaines et arabes, la disponibilité de capacités satellitaires fiables et abordables reste un enjeu économique. Louer un répéteur coûte cher, et la concurrence entre opérateurs, Arabsat, Nilesat, Eutelsat et d’autres, fait les prix. Un satellite moderne et flexible permet à l’opérateur de proposer des offres mieux adaptées, par exemple des capacités temporaires pour des événements sportifs ou des chaînes régionales.

Ce que cela signifie pour l’Afrique

Pour les pays africains qui envisagent un satellite national ou régional, le contrat Arabsat confirme que l’offre chinoise est devenue une option de référence, aux côtés des constructeurs européens et américains. C’est une bonne nouvelle pour la concurrence et les prix. Mais l’expérience montre qu’un satellite ne se résume pas à sa construction : il faut des équipes capables de l’exploiter, des clients pour ses capacités, et un plan de remplacement bien avant sa fin de vie. Le Nigeria a appris, avec la perte de NigComSat-1 en 2008, que la dépendance à un seul fournisseur et à un seul satellite peut coûter cher. La souveraineté spatiale se construit sur la durée, avec des compétences locales, pas seulement avec un contrat. Les agences spatiales créées ces dernières années au Nigeria, en Égypte, au Kenya ou au Rwanda, et l’Agence spatiale africaine installée au Caire, ont précisément pour mission de bâtir ces compétences.

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Sources
  1. Arabsat Signs Agreement With China’s CGWIC to Manufacture Arabsat-50 Satellite, TechAfrica News.
  2. Arabsat, Arabsat.

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