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Comptes Wave piratés : comment opèrent les fraudeurs et comment vous protéger

Des utilisateurs sénégalais affirment avoir vu leur compte Wave vidé sans rien autoriser, parfois de tout leur salaire. Faux bonus, faux agents, codes soutirés : voici les méthodes connues des escrocs, les réflexes qui protègent et les démarches à suivre si c’est trop tard.

Pourquoi c’est importantSi votre salaire passe par Wave, un lien cliqué ou un code transmis peut suffire à vider votre compte en quelques minutes : quelques réflexes simples ferment presque toutes les portes.

Un faux « bonus », un lien piégé, un code soutiré : en quelques minutes, le solde tombe à zéro. Au Sénégal, le mobile money sert de compte courant à des millions de personnes, ce qui attire les escrocs.
Un faux « bonus », un lien piégé, un code soutiré : en quelques minutes, le solde tombe à zéro. Au Sénégal, le mobile money sert de compte courant à des millions de personnes, ce qui attire les escrocs.Photo : Illustration NovoTech, Photo NovoTech
Résumé en 30 secondes
  • Des utilisateurs sénégalais affirment que leur compte Wave a été vidé sans autorisation, parfois de tout leur salaire ; Wave ne s’est pas exprimé publiquement.
  • En Côte d’Ivoire, un réseau démantelé à Yopougon piégeait ses victimes par de faux SMS de bonus, une fausse page Wave et le code de validation soutiré : 169,7 millions de francs CFA de préjudice.
  • Les pièges les plus fréquents : faux bonus, faux agent, faux « code d’annulation », téléphone sans verrou. Wave ne demande jamais votre code.
  • Victime : appelez le 200 600, gardez les preuves, portez plainte à la Division spéciale de cybersécurité, puis saisissez gratuitement le médiateur de l’OQSF.
La suite : Des comptes vidés « sans code » : que sait-on vraiment ?

Le message tourne en boucle sur les réseaux sociaux depuis la fin de la semaine dernière : des comptes Wave vidés, parfois de plusieurs centaines de milliers de francs CFA, sans que leurs titulaires aient validé la moindre opération.

Le témoignage le plus relayé est celui de la journaliste Ouley Mané. Selon elle, le compte de son mari a été débité de plus d’un million de francs CFA lors d’une opération liée à un numéro masqué. Elle affirme que Wave, saisi, a décliné toute responsabilité. Un policier a raconté une mésaventure semblable sur TikTok, et plusieurs victimes évoquent des numéros qui seraient ivoiriens.

D’autres récits, rapportés par Senenews, décrivent un scénario encore plus douloureux : le salaire viré depuis la banque arrive bien sur Wave, puis disparaît quelques heures plus tard. En pleine rentrée scolaire, c’est le loyer, la nourriture et les frais de scolarité du mois qui s’envolent.

Des comptes vidés « sans code » : que sait-on vraiment ?

Plusieurs victimes assurent n’avoir communiqué aucun code. À ce stade, ni Wave ni les enquêteurs n’ont publiquement expliqué ces cas précis, et aucune déclaration officielle de l’opérateur n’avait été rapportée au 6 octobre.

Il faut donc rester prudent. Mais les affaires déjà jugées ou démantelées montrent que, dans la très grande majorité des cas, la porte d’entrée n’est pas une faille technique spectaculaire : c’est l’utilisateur lui-même, poussé à cliquer, à saisir ses informations ou à transmettre un code sans comprendre ce qu’il valide.

Un code reçu par SMS ne se donne jamais, à personne : il sert à valider une opération sur votre propre compte.
Un code reçu par SMS ne se donne jamais, à personne : il sert à valider une opération sur votre propre compte.Dennis Cortés cortes, CC0

Le scénario démonté en Côte d’Ivoire

Une affaire révélée par la Plateforme de lutte contre la cybercriminalité (PLCC) ivoirienne aide à comprendre. Un homme de 35 ans a été interpellé à Yopougon, à Abidjan. Pendant près d’un an, il aurait utilisé des outils frauduleux achetés sur Telegram, selon le reportage de Life TV repris par Exclusif.net.

Le procédé, tel que le décrit le reportage, tient en quatre étapes :

  • 1. Un SMS promet un bonus ou un cadeau Wave, avec un lien à ouvrir.
  • 2. Le lien mène à une copie de la plateforme, qui demande des informations personnelles et celles du compte.
  • 3. Les fraudeurs reçoivent ces informations en direct et les saisissent aussitôt sur la vraie application.
  • 4. La victime reçoit alors un vrai code de validation par SMS, que la fausse page lui demande de recopier : c’est la dernière clé qui manquait aux escrocs.

Le préjudice attribué à ce réseau atteint 169 749 259 francs CFA. Les enquêteurs auraient saisi un véhicule, un ordinateur et 41 smartphones. En Côte d’Ivoire toujours, un autre réseau, démantelé plus tôt autour d’un faux « cadeau Wave », totalisait 503 plaintes pour 231 257 725 francs CFA. Aucun lien n’est établi avec les victimes sénégalaises, mais la méthode, elle, voyage sans visa.

Ce que dit Wave, et ce que demandent les associations

Wave n’a pas commenté publiquement ces nouveaux cas. Ses consignes de sécurité, elles, sont claires : l’accès au compte est protégé par un code secret à quatre chiffres, demandé à chaque transaction, et l’entreprise rappelle qu’elle ne contacte jamais ses clients pour « sécuriser » ou « débloquer » un compte.

Nfamara Ibrahima Cissé, président de l’Association des clients et sociétaires des institutions financières (ACIF), demande pour sa part à Wave d’indemniser les victimes. Selon lui, la responsabilité de l’opérateur peut être engagée, puisqu’il gère et sécurise la plateforme. La question de la traçabilité est au cœur du débat : des victimes affirment que le service client n’a pas su leur dire où était parti leur argent.

Les dossiers passés montrent pourtant que l’argent laisse des traces. En 2023, cinq clients ont porté plainte devant la Division spéciale de cybersécurité pour des pertes allant de 55 000 à 4 634 000 francs CFA, et les enquêteurs ont pu, dans plusieurs affaires, retrouver le point Wave où l’argent avait été retiré.

Comment vous protéger dès aujourd’hui

  • Ne communiquez jamais votre code secret Wave, ni un code reçu par SMS, même à quelqu’un qui se présente comme un agent : Wave ne vous le demandera jamais.
  • Ne cliquez sur aucun lien promettant un bonus, un cadeau ou un remboursement Wave. Les offres réelles apparaissent dans l’application.
  • Méfiez-vous des « erreurs de transfert » : vérifiez votre solde dans l’application, jamais sur la foi d’un SMS, et ne composez aucun code qu’on vous dicte.
  • Raccrochez face à l’urgence : « votre compte va être bloqué », « vous avez une facture impayée » sont les phrases préférées des escrocs. Rappelez vous-même le service client.
  • Verrouillez votre téléphone par un code ou une empreinte, et ne laissez pas le code Wave dans vos notes ou vos messages.
  • Mettez à jour l’application : les nouvelles versions intègrent des protections renforcées contre la fraude, selon Wave.
  • Ne laissez sur Wave que ce dont vous avez besoin pour le mois, si vous le pouvez, plutôt que tout votre salaire.

Victime d’un retrait ? Les bons gestes, dans l’ordre

  • 1. Appelez immédiatement le service client de Wave au 200 600 (gratuit depuis le Sénégal) ou écrivez-lui sur WhatsApp depuis les paramètres de l’application, pour faire bloquer le compte et le code.
  • 2. Rassemblez les preuves : captures de l’historique Wave, SMS et numéros reçus, relevé bancaire montrant le virement vers Wave.
  • 3. Déposez une réclamation écrite auprès de Wave et gardez le numéro ou la réponse obtenue.
  • 4. Portez plainte à la Division spéciale de cybersécurité ou au commissariat : seule l’enquête permet d’obtenir de l’opérateur les données techniques de la transaction.
  • 5. Si la réclamation n’aboutit pas, saisissez gratuitement le médiateur de l’Observatoire de la qualité des services financiers (OQSF), compétent pour la monnaie électronique : demande écrite et signée, avec les justificatifs (numéro vert 800 880 880, oqsf.sn).
  • 6. Changez votre code secret dès que le compte est débloqué, et prévenez vos proches si votre numéro a été utilisé pour les arnaquer.

Qui doit rembourser ?

C’est la question qui inquiète le plus les victimes. En pratique, une opération validée avec le bon code est difficile à contester, puisqu’elle a été techniquement autorisée depuis le compte. Lorsqu’aucun code n’a été donné, la charge de la preuve devient décisive, d’où l’importance de garder toutes les traces.

Le médiateur de l’OQSF a récupéré près de 7 milliards de francs CFA pour des clients en dix-sept ans, avec 475 dossiers traités en 2025. Une voie gratuite, trop peu connue, qui donne en principe deux mois au médiateur pour proposer une solution.

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Sources
  1. Wave : des utilisateurs sénégalais dénoncent des retraits frauduleux, un mode opératoire inquiète, Senenews.
  2. Retraits frauduleux : des comptes Wave vidés par des inconnus, que se passe-t-il vraiment ?, Senenews.
  3. Fraude sur Wave : le numéro ivoirien qui vide les comptes des Sénégalais, le cerveau du réseau arrêté à Yopougon, Exclusif.net.
  4. Intrusion informatique chez Intech : quatre suspects arrêtés, plus de 16 millions de FCFA en jeu, Dakaractu.
  5. Piratage de comptes Wave : cinq clients ont porté plainte, Leral.
  6. Escroquerie via Wave : des comptes vidés sans le code secret, Senegal7.
  7. Médiation financière : des préjudices estimés à près de 7 milliards de FCFA, Le Soleil.
  8. Médiation financière, Observatoire de la qualité des services financiers (OQSF).

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