Absa Next : la banque kényane lance une appli ouverte aux non-clients, pour concurrencer les fintechs sur leur terrain
Épargne à 7 %, placements jusqu’à 16 %, prêts de 500 à un million de shillings, tontines et comptes d’autres banques dans la même application, accessible avec une simple carte d’identité. Absa Kenya veut séduire une génération qui n’entre plus en agence.
- Absa Bank Kenya lance Absa Next, une application ouverte aux non-clients avec une simple carte d’identité kényane.
- Épargne jusqu’à 7 %, placements annoncés jusqu’à 16 %, prêts de 500 à 1 million de shillings, tontines, agrégation de comptes.
- Le projet est porté par Sitoyo Lopokoiyit, ancien patron de M-Pesa Africa.
- Taux et frais des prêts, nature des placements et banques partenaires ne sont pas encore précisés.
Le 25 septembre 2026, Absa Bank Kenya a lancé Absa Next, une application qui réunit dans un même espace la banque au quotidien, l’épargne, les placements, le crédit et des services de la vie courante. Sa particularité : elle est ouverte à tous, y compris aux personnes qui n’ont pas de compte chez Absa. Une carte d’identité kényane suffit pour s’inscrire.
Pour une banque traditionnelle, filiale du groupe sud-africain Absa, c’est un changement de posture. Plutôt que d’attendre que les clients viennent en agence ouvrir un compte, elle va les chercher là où ils sont déjà : sur leur téléphone, dans un marché où le mobile money et les applications de crédit ont habitué une génération entière à gérer son argent sans banque.
Ce que propose l’application
- Épargne rémunérée jusqu’à 7 % par an, et placements annoncés jusqu’à 16 %.
- Prêts instantanés de 500 à 1 million de shillings, pour des besoins personnels ou professionnels.
- Paiements par PesaLink (virement interbancaire), Till, PayBill et Pochi la Biashara, les circuits de paiement marchands courants au Kenya.
- Comptes de tontine (« chama ») pour épargner en groupe.
- Ajout de cartes Visa d’Absa et d’autres banques, partage de dépenses avec la famille ou les amis.
- Vue sur des comptes détenus dans d’autres banques depuis un seul tableau de bord.
- Points de fidélité (« Next Coins ») convertis en argent chaque mois ; retraits dans tous les distributeurs Absa.
L’application a été développée au Kenya, sur une infrastructure en nuage, et la banque la présente comme un modèle pour la banque numérique dans l’ensemble du groupe Absa. Elle est disponible sur les boutiques d’applications Android et Apple. Pour l’instant, seules les cartes d’identité kényanes sont acceptées pour l’inscription, pas les passeports.
L’ancien patron de M-Pesa à la manœuvre
Le projet porte la marque d’un recrutement remarqué. Sitoyo Lopokoiyit, ancien directeur de M-Pesa Africa, dirige désormais la banque de détail et privée du groupe Absa. Il connaît mieux que quiconque la manière dont les Kényans utilisent leur téléphone pour gérer leur argent, et les raisons pour lesquelles ils ont longtemps préféré le mobile money aux banques. Le directeur général d’Absa Kenya, Yusuf Omari, a été confirmé dans ses fonctions le 10 septembre.
Absa n’en est pas à son premier produit mobile. Sa solution Timiza, accessible par code USSD et par application, propose déjà de l’épargne rémunérée autour de 6 % et du crédit de petits montants. Absa Next va plus loin, en réunissant tous les services dans une seule application pensée d’abord pour le smartphone.

La réponse des banques aux fintechs
Le lancement s’inscrit dans une tendance de fond au Kenya. Les banques ont vu les fintechs et les opérateurs télécoms capter une part croissante des paiements, de l’épargne de précaution et surtout du microcrédit. NCBA, en partenariat avec Safaricom, a été l’une des premières à réagir, et propose depuis 2017 son application séparée Loop. D’autres banques ont suivi avec leurs propres offres numériques.
L’avantage des banques tient à leur solidité et à leur régulation : l’argent déposé est dans une banque supervisée par la Banque centrale, ce qui rassure. Leur faiblesse historique tient à la lourdeur des parcours : ouverture de compte, justificatifs, délais. Absa Next tente de garder le premier atout en supprimant la seconde faiblesse.
Une bataille pour la génération suivante
Le nom même, Absa Next, dit la cible : une génération de jeunes adultes, étudiants, salariés en début de carrière, entrepreneurs du numérique et du commerce en ligne, qui n’a jamais eu besoin d’une agence bancaire. Pour eux, le compte en banque classique est souvent perçu comme lent et coûteux, alors que le portefeuille mobile est instantané. Les banques savent que si elles ne captent pas ces clients maintenant, elles les perdront pour longtemps, au profit des fintechs et des opérateurs.
La fonction de tontine illustre cette volonté de coller aux usages. Au Kenya, les « chamas », groupes d’épargne entre amis, collègues ou voisins, brassent des sommes considérables et sont un pilier de la vie financière de millions de personnes. Les gérer dans une application bancaire, avec des règles de contribution et une traçabilité, répond à un besoin réel, à condition que l’outil reste aussi simple que les groupes WhatsApp où beaucoup de chamas s’organisent aujourd’hui.
Ce qui reste flou
Plusieurs informations importantes n’ont pas été précisées au lancement, relève le site spécialisé Tech-ish : le taux d’intérêt et les frais des prêts, les conditions de remboursement, la nature exacte des placements rémunérés « jusqu’à 16 % », et la liste des banques partenaires pour l’agrégation des comptes. L’assurance, promise lors d’une annonce en juillet, n’est pas encore disponible.
Ces zones d’ombre comptent. Un taux « jusqu’à » dit peu de choses sur ce que touchera un épargnant moyen, et un prêt instantané peut coûter cher si ses frais ne sont pas clairement affichés. Au Kenya, les intérêts bancaires sont par ailleurs soumis à une retenue à la source de 15 %, à déduire du rendement annoncé. Les autorités kényanes ont renforcé ces dernières années les obligations de transparence sur le coût total du crédit.
Le crédit instantané mérite une attention particulière. L’application annonce utiliser des méthodes d’évaluation alternatives pour décider qui peut emprunter, sans préciser quelles données sont analysées. Au Kenya, l’expérience des applications de prêt numérique a montré les dérives possibles : surendettement de jeunes emprunteurs, frais élevés, recouvrement agressif. La Banque centrale a depuis encadré les prêteurs numériques. Une banque régulée offre en principe plus de garanties, mais la transparence sur les critères et les coûts reste la meilleure protection de l’emprunteur.
L’enjeu de l’open banking
La fonction qui permet de voir ses comptes détenus dans d’autres banques pose une question réglementaire. Le Kenya ne dispose pas encore d’une loi sur l’open banking, c’est-à-dire d’un cadre obligeant les banques à partager, avec l’accord du client, ses données de compte avec d’autres prestataires. La Banque centrale a publié le 21 septembre un projet de loi sur le système national de paiement qui pourrait faire évoluer ce paysage.
En attendant, l’agrégation dépend d’accords au cas par cas entre banques. Une loi claire sur le partage des données financières profiterait à tous les acteurs, à condition de protéger les clients : consentement explicite, droit de retirer l’accès, sécurité des échanges. C’est l’un des chantiers qui décideront de la forme de la banque kényane dans les prochaines années.
Absa Next sera jugée sur des chiffres simples : le nombre d’utilisateurs qui n’étaient pas clients de la banque, leur fidélité au-delà des premières semaines, et la qualité de son portefeuille de prêts. Si le pari fonctionne, d’autres banques du continent pourraient s’en inspirer, à commencer par les filiales du groupe Absa dans une dizaine de pays africains. À l’inverse, un échec rappellerait qu’une belle application ne suffit pas à rattraper des années d’avance prises par le mobile money.
- Absa launches Absa Next, a savings and loans app that doesn’t need an Absa account, Tech-ish.
- Absa Bank Kenya Launches Neo-Bank Absa Next, TechMoran.
- Absa Bank launches ‘Absa Next’ digital ecosystem to target next-gen consumers, HapaKenya.
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