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Algérie : Djezzy autorisé à créer sa société de paiement, première brèche dans un marché dominé par le cash

La Banque d’Algérie a autorisé la filiale Djezzy Payment Services à se constituer en prestataire de services de paiement. Une première pour un opérateur télécom dans le pays, rendue possible par la loi bancaire de 2023. L’agrément définitif reste à obtenir.

Alger. L’économie algérienne reste l’une des plus dépendantes de l’argent liquide de la région.
Alger. L’économie algérienne reste l’une des plus dépendantes de l’argent liquide de la région.Photo : Cherif Meriam, CC BY-SA 4.0 · source
Résumé en 30 secondes
  • La Banque d’Algérie a autorisé le 23 septembre Djezzy Payment Services à se constituer en prestataire de services de paiement.
  • C’est une première pour un opérateur télécom en Algérie, sous la loi bancaire 23-09 de 2023.
  • L’agrément définitif doit être demandé dans les douze mois : pas de service au public avant.
  • Objectif affiché : réduire la place du liquide et élargir l’accès aux services financiers.
La suite : Deux étapes : constitution, puis agrément

Le 23 septembre 2026, le Conseil de la monnaie et du crédit de la Banque d’Algérie a autorisé Djezzy Payment Services, filiale d’Optimum Telecom Algérie, la société qui exploite l’opérateur mobile Djezzy, à se constituer en prestataire de services de paiement. C’est la première fois qu’un opérateur de télécommunications obtient ce feu vert en Algérie.

La décision a été présentée par plusieurs médias comme l’arrivée du paiement mobile dans le pays. C’est aller un peu vite. Il s’agit d’une étape réglementaire importante, mais pas encore d’une autorisation d’exercer. Pour comprendre ce qu’elle change, il faut distinguer les deux temps de la procédure et replacer la décision dans le paysage algérien des paiements.

Deux étapes : constitution, puis agrément

Le cadre applicable est celui de la loi monétaire et bancaire 23-09 de 2023 et du règlement 25-02, qui encadre les prestataires de services de paiement, ou PSP. Ces nouveaux intermédiaires financiers peuvent proposer des services de paiement sans être des banques : ils ne prêtent pas d’argent, mais ils peuvent gérer des comptes de paiement, des transferts et l’encaissement pour les commerçants.

La procédure se déroule en deux temps. D’abord, l’autorisation de constitution, que Djezzy vient d’obtenir : elle permet de créer la société et de préparer son activité. Ensuite, l’agrément, qui autorise réellement à exercer. La filiale dispose de douze mois au maximum, à compter de la notification, pour déposer sa demande d’agrément. C’est seulement à l’issue de cette seconde étape qu’elle pourra proposer ses services au public.

  • Ce que Djezzy pourra faire une fois agréé : des solutions de paiement électronique, dont le paiement mobile et des terminaux de paiement pour les commerçants, dans les limites fixées par la Banque d’Algérie.
  • Ce que Djezzy ne pourra pas faire : accorder des crédits ou exercer comme une banque.
  • Le délai : douze mois au plus pour demander l’agrément.

Un pays très attaché aux billets

L’Algérie est l’un des pays de la région où l’argent liquide garde la place la plus importante dans les échanges quotidiens. Une grande partie de l’économie fonctionne en espèces, y compris pour des achats importants, et une part de la population n’a pas de compte bancaire actif. Les autorités affichent depuis plusieurs années l’objectif de réduire cette dépendance, à la fois pour moderniser l’économie, améliorer l’inclusion financière et lutter contre le blanchiment et l’économie informelle.

Des outils existent déjà. La carte Edahabia d’Algérie Poste est très répandue, et les banques proposent la carte interbancaire CIB. Le paiement électronique en ligne et sur terminal progresse, mais reste loin des niveaux observés dans les pays voisins ou en Afrique subsaharienne, où le mobile money a transformé les usages.

Le siège de Djezzy à Dar El Beida, près d’Alger. L’opérateur est détenu par l’État algérien.
Le siège de Djezzy à Dar El Beida, près d’Alger. L’opérateur est détenu par l’État algérien.K1saïd2005, CC BY-SA 4.0

Le modèle des opérateurs télécoms

Le raisonnement des autorités s’appuie sur les expériences d’autres pays africains. Les opérateurs mobiles ont un avantage que les banques n’ont pas : ils touchent presque toute la population adulte, y compris dans les zones rurales, et disposent de réseaux de points de vente qui peuvent servir d’agents pour déposer et retirer de l’argent.

Au Kenya, M-Pesa, le service de Safaricom, est devenu une plateforme financière complète, sous la supervision de la Banque centrale. Au Nigeria, la Banque centrale a accordé à MTN et Airtel des licences de banques de services de paiement, qui leur permettent de proposer dépôts, transferts et paiements sans être des banques commerciales classiques. L’Algérie s’inscrit dans ce mouvement, avec un cadre prudent qui garde la Banque centrale au centre du dispositif.

Un opérateur public en première ligne

Un détail donne du relief à la décision : Djezzy est détenu par l’État algérien, à travers le Fonds national d’investissement, depuis le rachat des parts de l’ancien actionnaire étranger. Le premier opérateur autorisé à se lancer dans les paiements est donc public, dans un marché mobile où les deux autres acteurs sont Mobilis, filiale du groupe public Algérie Télécom, et Ooredoo.

La question de la concurrence se posera rapidement. Si Djezzy obtient son agrément et lance un service de paiement mobile, ses concurrents chercheront logiquement à obtenir le même statut. Le succès dépendra aussi de l’interopérabilité : un portefeuille mobile n’a de valeur que s’il permet de payer partout, y compris des personnes clientes d’autres opérateurs ou de banques.

Les leçons des autres pays

L’expérience africaine montre que la licence ne suffit pas. Le succès de M-Pesa au Kenya tient d’abord à son réseau d’agents : des centaines de milliers de commerces où l’on peut déposer et retirer de l’argent liquide, à quelques minutes de chez soi. Sans ces points de conversion entre liquide et argent électronique, un portefeuille mobile reste une curiosité. Le deuxième facteur est la simplicité : un service qui fonctionne sur n’importe quel téléphone, y compris sans Internet, par des menus USSD.

Le troisième facteur est l’usage quotidien. Le mobile money s’est imposé quand il a servi à des besoins concrets : envoyer de l’argent à sa famille dans une autre ville, payer une facture d’électricité, recevoir un salaire ou une aide sociale. En Algérie, les transferts entre particuliers, le paiement des factures et les achats dans le commerce de proximité seraient les premiers usages à surveiller. Les transferts de la diaspora, importants mais souvent informels, représentent aussi un marché potentiel, à condition que la réglementation des changes le permette.

Une ouverture pour les fintechs algériennes

La décision intéresse aussi les jeunes entreprises. L’Algérie a créé ces dernières années un label « start-up » et un fonds public dédié, l’Algerian Startup Fund, pour soutenir l’innovation. Mais les fintechs se heurtaient à un obstacle : l’absence de statut clair leur permettant de manipuler des paiements sans passer par une banque. Le statut de prestataire de services de paiement, s’il est accordé à d’autres acteurs que les opérateurs télécoms, pourrait leur ouvrir la porte. Le traitement réservé aux prochaines demandes montrera si la Banque d’Algérie entend ouvrir largement le marché ou le réserver à quelques acteurs installés. Pour l’instant, elle avance pas à pas.

Ce qu’il faudra surveiller

Plusieurs éléments décideront si cette ouverture change réellement les habitudes. D’abord, les frais : un paiement mobile doit coûter moins cher, ou pas plus, que l’argent liquide pour convaincre commerçants et clients. Ensuite, le réseau d’acceptation : les commerçants doivent pouvoir encaisser facilement, sans terminal coûteux. Enfin, la confiance : dans un pays où le liquide reste la référence, la sécurité des comptes et la rapidité des remboursements en cas d’erreur seront déterminantes.

La Banque d’Algérie a posé la première pierre. L’agrément définitif, attendu dans les douze mois, et surtout les premiers usages diront si le paiement mobile peut trouver sa place dans l’économie algérienne comme il l’a fait ailleurs sur le continent. Pour les start-up algériennes de la fintech, qui peinent depuis des années à trouver un cadre clair, l’ouverture du statut de PSP est aussi une nouvelle à suivre de près.

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Sources
  1. Une première en Algérie : Djezzy obtient le feu vert pour le paiement mobile, TSA Algérie.
  2. Banque d’Algérie : Djezzy Payment Services autorisée à se constituer en PSP, Algérie Eco.
  3. Algeria approves telecoms giant Djezzy to enter digital payments, The Condia.

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