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Genève, capitale des normes numériques : pourquoi l’Afrique doit s’asseoir à la table où s’écrivent les règles

UIT, OMPI, OMC : une délégation de décideurs africains a parcouru pendant quatre jours les institutions où se fixent les standards du numérique. Leçon principale : celui qui écrit les normes d’aujourd’hui façonne les marchés de demain.

Le siège de l’Union internationale des télécommunications, à Genève, où se négocient les standards mondiaux des réseaux.
Le siège de l’Union internationale des télécommunications, à Genève, où se négocient les standards mondiaux des réseaux.Photo : ITU/I. Wood, CC BY 2.0 · source
Résumé en 30 secondes
  • Du 22 au 25 septembre, une délégation africaine a visité l’UIT, l’OMPI, l’OMC et le Campus Biotech à Genève.
  • Leçon principale : participer à l’écriture des standards, c’est façonner les marchés numériques de demain.
  • Piste retenue pour l’IA : déplacer les algorithmes vers les données pour préserver la souveraineté.
  • Les pays africains, plus d’un quart des États membres, peuvent peser s’ils se coordonnent.
La suite : À l’UIT, les standards font les marchés

On parle souvent de Genève comme de la capitale mondiale de la diplomatie. On sait moins qu’elle est aussi l’un des principaux centres de la gouvernance du numérique. C’est là que se discutent la connectivité mondiale, l’intelligence artificielle, la cybersécurité, les données, la propriété intellectuelle et le commerce numérique. Du 22 au 25 septembre 2026, une délégation de dirigeants d’entreprises, de régulateurs, de responsables publics et d’experts africains y a passé quatre jours, à l’initiative du magazine CIO Mag et de la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève (CCIG).

Au programme : le Campus Biotech, l’OMPI (propriété intellectuelle), l’UIT (télécommunications) et l’OMC (commerce), quatre lieux où se fabriquent des règles qui s’appliquent ensuite au monde entier. Une conviction forte en est ressortie, selon le compte rendu détaillé publié par CIO Mag : l’Afrique doit être présente là où se décident les standards, les normes et les principes qui façonneront son avenir numérique.

« Genève est l’un des rares endroits au monde où se rencontrent les organisations internationales, les entreprises, les chercheurs et les décideurs publics. Les acteurs africains ont toute leur place dans la construction des règles qui façonneront l’économie numérique mondiale. »

Vincent Subilia, directeur général de la CCIG

À l’UIT, les standards font les marchés

L’UIT, institution spécialisée des Nations unies pour les technologies numériques, coordonne depuis plus de 160 ans les standards qui permettent aux réseaux et aux équipements de communiquer entre eux partout dans le monde. Elle attribue aussi, avec ses États membres, les fréquences et les positions orbitales des satellites, des ressources rares et stratégiques.

Les échanges avec ses experts ont porté sur la connectivité universelle, les infrastructures, les satellites de nouvelle génération et l’IA. L’enseignement qui a le plus frappé les participants tient en une phrase : celui qui définit les standards d’aujourd’hui façonne souvent les marchés de demain. Participer aux travaux de normalisation, c’est participer à l’écriture des règles du jeu. Régulateurs et opérateurs de la délégation ont aussi échangé sur des chantiers imminents, comme l’arrivée des opérateurs satellitaires et la gestion des fonds de service universel, ces fonds alimentés par les opérateurs pour financer la couverture des zones non rentables.

Pourquoi c’est concret

Un exemple aide à comprendre. Les normes qui définissent la 5G, la manière dont un téléphone se connecte à un satellite ou le format d’une carte d’identité numérique sont décidées dans des groupes de travail techniques où siègent surtout des industriels et des pays déjà très présents. Si les contraintes africaines, comme le coût des équipements, l’alimentation électrique irrégulière ou les usages du mobile money, n’y sont pas défendues, les équipements conçus selon ces normes seront moins adaptés et plus chers pour le continent.

Le Palais des Nations, à Genève. Les organisations internationales basées dans la ville fixent une grande partie des règles du numérique.
Le Palais des Nations, à Genève. Les organisations internationales basées dans la ville fixent une grande partie des règles du numérique.Gryffindor, CC BY-SA 3.0

IA : déplacer les algorithmes plutôt que les données

Au Campus Biotech et dans des centres de recherche en IA, la délégation a découvert des projets de santé numérique et d’analyse de données. Une idée a particulièrement retenu l’attention : déplacer les algorithmes vers les données plutôt que les données vers les algorithmes. Concrètement, au lieu de centraliser des données médicales sensibles dans un seul serveur, souvent à l’étranger, on envoie le programme d’analyse là où se trouvent les données, qui ne quittent jamais leur pays d’origine.

Pour les responsables africains, cette approche, souvent appelée apprentissage fédéré, ouvre une piste pour concilier innovation, souveraineté numérique et protection des données. Elle permettrait par exemple à des hôpitaux de plusieurs pays de contribuer à la recherche sans exporter les dossiers de leurs patients. La confiance, ont insisté les experts, deviendra le premier facteur de réussite des projets d’IA, bien avant la puissance des modèles.

À l’OMPI, protéger pour valoriser

À l’OMPI, les échanges ont porté sur la protection de l’innovation. Dans une économie où la valeur repose de plus en plus sur les actifs immatériels, protéger une invention, une marque ou un logiciel devient stratégique. Les experts ont présenté les mécanismes qui permettent de sécuriser une innovation dans plusieurs pays à la fois. Pour les start-up africaines en croissance, c’est un sujet souvent négligé, jusqu’au jour où un concurrent étranger dépose leur marque ou copie leur produit.

L’Afrique dispose déjà de deux organisations régionales de propriété intellectuelle : l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI), pour une grande partie des pays francophones, et l’Organisation régionale africaine de la propriété intellectuelle (ARIPO), pour de nombreux pays anglophones. Elles permettent de protéger une marque ou un brevet dans plusieurs pays par une seule procédure. Mieux connaître ces outils, et les articuler avec les systèmes internationaux gérés à Genève, fait partie des compétences que les entrepreneurs du numérique ont intérêt à acquérir tôt.

À l’OMC, le commerce numérique

La dernière étape a conduit la délégation à l’OMC, où les échanges ont porté sur le commerce numérique, les compétences et l’innovation. Les présentations des participants, en cybersécurité, services numériques, transformation des administrations, IA, cloud ou identité numérique, ont selon le compte rendu impressionné leurs interlocuteurs. Le message que la délégation a voulu faire passer : l’Afrique n’est plus seulement un marché à conquérir, mais une source d’expertise et de solutions, dont certaines peuvent inspirer d’autres régions.

Les rendez-vous qui comptent

Plusieurs échéances à venir concernent directement l’Afrique. Les conférences de l’UIT qui attribuent les fréquences décident, par exemple, quelles bandes seront disponibles pour la 5G, la 6G ou les satellites, et à quelles conditions. Les négociations sur le commerce électronique à l’OMC portent sur des questions comme la taxation des services numériques ou la circulation des données entre pays, qui touchent directement les recettes fiscales et la souveraineté des États africains. Les travaux internationaux sur l’IA définissent des principes que les régulateurs nationaux reprendront ensuite.

Pour chacun de ces dossiers, une position africaine préparée à l’avance, avec des études chiffrées sur l’impact pour le continent, pèse beaucoup plus qu’une déclaration générale. C’est un travail de fond, qui demande des experts, du temps et des budgets, mais dont les retombées se mesurent sur des décennies : un standard adopté aujourd’hui peut rester en vigueur pendant vingt ans, et orienter pendant tout ce temps le prix des équipements achetés par les Africains.

De la présence à l’influence

Une visite d’étude ne suffit pas à peser dans la gouvernance mondiale du numérique. L’influence se construit sur la durée, par une présence régulière dans les groupes de travail, des propositions techniques solides et des alliances entre pays. Les pays africains ont un atout : ils représentent plus d’un quart des États membres de la plupart de ces organisations. Coordonnés, ils peuvent faire basculer des décisions. Dispersés ou absents, ils se contentent d’appliquer des règles écrites par d’autres. La diplomatie numérique, rappellent les participants, commence par une chaise occupée à la bonne table, et se poursuit par des propositions solides, défendues avec constance année après année.

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Sources
  1. Genève 2026 : l’Afrique au cœur des nouvelles diplomaties du numérique, CIO Mag.
  2. Union internationale des télécommunications, UIT.

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