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Nigeria : la finance formelle touche 73 % des adultes, le crédit à peine un sur dix

Comptes bancaires, mobile money, paiements numériques : en trois ans, le Nigeria a dépassé son objectif d’inclusion financière. Mais selon l’enquête EFInA 2026, seuls 11,9 millions d’adultes empruntent auprès d’une banque ou d’une fintech, et souvent pour boucler le mois.

Pourquoi c’est importantPour les fintechs et les investisseurs, le prochain marché nigérian n’est plus le compte ou le paiement, c’est le prêt. Et ceux qui empruntent déjà ont souvent du mal à rembourser.

Lagos, capitale économique du Nigeria. Sa région, le Sud-Ouest, affiche le plus fort taux d’inclusion financière formelle du pays : 96,4 % selon l’enquête EFInA 2026.
Lagos, capitale économique du Nigeria. Sa région, le Sud-Ouest, affiche le plus fort taux d’inclusion financière formelle du pays : 96,4 % selon l’enquête EFInA 2026.Photo : Jamie Tubers, CC BY-SA 4.0 · source
Résumé en 30 secondes
  • Selon l’enquête EFInA A2F 2026, 73 % des adultes nigérians utilisent un service financier formel (64 % en 2023), au-delà de l’objectif national de 70 % ; l’exclusion tombe à 21 %.
  • Seuls 10 % des adultes, environ 11,9 millions, ont recours au crédit formel, presque le double de 2023.
  • La progression vient des paiements : 64 % des adultes utilisent un service numérique et le mobile money est passé de 12 % à 38 %.
  • Revenus informels, taux élevés (taux directeur à 26,5 % jusqu’au 22 septembre, 23 % depuis) et absence d’historique freinent le prêt ; le crédit à la consommation a reculé de 19,89 % en 2025 selon la CBN.
  • De plus en plus d’emprunteurs s’endettent pour les dépenses courantes (40,8 %), et 45,8 % ont du mal à rembourser.
La suite : Le paiement a fait le travail

L’ancien gouverneur de la banque centrale a résumé le problème en une phrase. « Ouvrir un compte, transférer de l’argent, ce n’est pas la même chose que gagner de l’argent », a lancé Muhammadu Sanusi II, aujourd’hui émir de Kano, lors de la présentation à Abuja de la neuvième enquête sur l’accès aux services financiers au Nigeria, l’A2F 2026, réalisée par l’association EFInA. Les chiffres de ce document, publiés à la mi-septembre et repris depuis par toute la presse économique nigériane, lui donnent raison.

Côté accès, la réussite est nette. 73 % des adultes utilisent désormais au moins un service financier formel, contre 64 % en 2023 et 56 % en 2020. Le pays dépasse ainsi l’objectif de 70 % fixé par sa stratégie nationale d’inclusion financière. En comptant les tontines et autres circuits informels, 79 % des adultes, soit 94,2 millions de personnes, sont dans le système. Les exclus ne sont plus que 21 %, contre 26 % trois ans plus tôt.

Côté crédit, le tableau est tout autre. Environ 11,9 millions d’adultes, 10 % du total, ont recours à un prêt formel. C’est presque le double de 2023 (entre 5 et 6 % selon les sources), mais cela reste loin des comptes ouverts. L’enquête a été menée d’avril à juin 2026 auprès de 18 679 adultes dans les 36 États et le territoire fédéral d’Abuja, avec le Bureau national des statistiques (NBS).

Le paiement a fait le travail

Ce qui a fait bouger les chiffres, ce sont les paiements. 64 % des adultes, environ 77 millions de personnes, utilisent un service financier numérique, contre 45 % en 2023 et 34 % en 2020. Le mobile money a plus que triplé, de 12 % à 38 % des adultes, d’après les chiffres cités par The Sun. Les points d’accès se sont multipliés, avec les réseaux d’agents et de « super-agents », ces commerçants qui ouvrent des comptes et font des retraits pour le compte des banques et des fintechs. L’épargne formelle progresse aussi, de 38 % à 53 %.

Nigeria : ce qu’utilisent les adultes en 2026

  • Inclusion totale79
  • Inclusion formelle73
  • Services numériques64
  • Épargne formelle53
  • Mobile money38
  • Crédit formel10
  • Assurance5

En % des adultes. Source : EFInA, enquête A2F 2026 (chiffres cités par BusinessDay et The Sun)

Ces gains restent très inégalement répartis. L’inclusion formelle atteint 85 % en ville et 58 % à la campagne, un écart qui s’est creusé de 24 à 27 points depuis 2023. Le Sud-Ouest frôle la saturation avec 96,4 %. Dans le Nord-Ouest, 72,2 % des hommes sont inclus formellement, contre 51,8 % des femmes. Parmi les 20 % d’adultes les plus pauvres, 53 % restent exclus ; chez les 20 % les plus riches, 1 %.

Un compte ne fait pas un dossier de crédit

Pourquoi le prêt ne suit-il pas ? D’abord parce qu’un historique de paiements ne suffit pas à un prêteur. Avant de décaisser, une banque ou une fintech veut vérifier un revenu, estimer une capacité de remboursement, connaître les dettes existantes. Or une large part des Nigérians tirent leurs revenus de l’informel, payés en liquide et de façon irrégulière : 92 % des travailleurs agricoles sont encore payés en espèces, selon l’enquête. Leur compte montre de l’argent qui passe, pas un salaire qui tombe.

Ensuite, le prix. Le taux directeur de la Banque centrale du Nigeria (CBN) est resté à 26,5 % de février à septembre ; le comité de politique monétaire ne l’a ramené à 23 % que le 22 septembre, avec une inflation redescendue à 15,39 % en août. Quand l’argent coûte ce prix à la banque, il coûte bien davantage au petit commerçant qui l’emprunte. Le rapport annuel 2025 de la CBN en porte la trace : l’encours du crédit à la consommation a reculé de 19,89 %, à 3 780 milliards de nairas, contre 4 720 milliards un an plus tôt. C’est sa première baisse depuis 2019, et la banque centrale l’attribue elle-même à l’environnement de taux élevés. Le recul est venu des prêts personnels, tombés à 1 850 milliards de nairas.

Le crédit au secteur privé ne représente d’ailleurs que 13,1 % du PIB, bien moins qu’au Kenya ou en Afrique du Sud, selon un rapport du prêteur Credit Direct publié en juin. La demande, elle, existe : 16 % des adultes empruntent dans l’informel et 10 % auprès de leurs proches, selon les données EFInA reprises par TechCabal le 19 octobre.

Le siège de la Banque centrale du Nigeria, à Abuja. La CBN a ramené son taux directeur de 26,5 % à 23 % le 22 septembre ; son rapport 2025 constate la première baisse du crédit à la consommation depuis 2019.
Le siège de la Banque centrale du Nigeria, à Abuja. La CBN a ramené son taux directeur de 26,5 % à 23 % le 22 septembre ; son rapport 2025 constate la première baisse du crédit à la consommation depuis 2019.GodwinPaya, CC BY-SA 4.0

Emprunter pour tenir, plus pour investir

Le détail le plus inquiétant de l’enquête porte sur l’usage du crédit. En 2023, 40,2 % des emprunts formels servaient une activité productive et 31,7 % à faire face aux dépenses courantes. En 2026, la proportion s’est inversée : 40,8 % des emprunts servent à tenir, 34,3 % à produire. Et 45,8 % des utilisateurs du crédit formel disent avoir du mal, voire beaucoup de mal, à rembourser.

Le profil des emprunteurs a aussi changé. Le crédit formel progresse chez les travailleurs de l’informel (de 5 % à 15 %), chez les chefs d’entreprise (de 4 % à 10 %) et chez les 18-35 ans (de 4 % à 10 %), des publics que visent les prêteurs numériques et les fintechs qui accordent des crédits à partir des flux de trésorerie de leurs clients plutôt que d’une fiche de paie (l’enquête ne dit pas quelle part de ces prêts vient d’applications mobiles). Chez les salariés du secteur formel, il recule en revanche de 29 % à 23 %. Autrement dit, le prêt gagne du terrain là où il coûte le plus cher et où les revenus sont les plus fragiles.

La fragilité financière déborde largement le crédit. Seuls 10,6 % des adultes inclus formellement pourraient réunir 156 000 nairas en sept jours sans difficulté, contre 3,7 % des autres. Foyinsolami Akinjayeju, directrice générale d’EFInA, l’a dit sans détour lors de la présentation : « trois Nigérians sur quatre ne sont pas en bonne santé financière ». L’assurance ne touche que 5 % des adultes et la retraite 9,1 %.

« Le défi qui se pose à nous n’est donc plus seulement d’ouvrir des comptes ou de multiplier les points d’accès. »

Aisha Isa-Olatinwo, directrice de la protection des consommateurs et de l’inclusion financière à la CBN, s’exprimant au nom du gouverneur Olayemi Cardoso (traduit de l’anglais, cité par NAN)

Le marché que visent les fintechs

Pour les acteurs du secteur, l’écart entre comptes et prêts est d’abord une opportunité. Moniepoint, l’une des plus grosses fintechs du pays, a profité du lancement de l’enquête pour défendre le crédit fondé sur les flux de trésorerie : prêter à un commerçant en fonction de ce qui passe sur son terminal de paiement, plutôt que sur une garantie qu’il n’a pas. Selon l’entreprise, 62 % des femmes interrogées dans sa propre étude d’impact ont obtenu leur premier prêt professionnel formel chez elle. La stratégie nationale vise, selon les chiffres présentés au lancement et rapportés par The Will, 40 % d’adultes ayant accès au crédit formel. Le pays en est à un quart du chemin.

Le risque est de reproduire en accéléré ce que montrent déjà les données : des prêts rapides, chers, pris pour boucler les fins de mois par des emprunteurs aux revenus instables. La baisse des taux de septembre peut desserrer l’étau, à condition que les banques la répercutent. Mais le constat d’Agnes Martins, présidente du conseil d’administration d’EFInA, vaut pour le crédit plus que pour tout le reste : « L’accès n’est que le début du chemin, pas la destination. » La prochaine enquête, attendue dans trois ans si le rythme habituel est tenu, dira si le Nigeria a su faire de ses 87,2 millions d’adultes inclus des emprunteurs dont les prêts font grandir des entreprises.

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Sources
  1. Nigeria’s financial inclusion rises to 79%, but 3 in 4 adults remain financially unhealthy, BusinessDay.
  2. Beyond bank accounts, The Sun Nigeria.
  3. Nigeria’s financial inclusion reaches 79% as EFInA releases A2F 2026 survey, Tribune Online.
  4. 94.2m Nigerians use financial products, formal inclusion hits 73% – EFInA, News Agency of Nigeria.
  5. Only 1 in 10 Nigerians can raise N156,000 in 7 days without difficulty, EFInA report reveals, Legit.ng.
  6. The gap between financial inclusion and access to credit in Nigeria, TechCabal.
  7. Consumer credit falls to N3.78 trillion in 2025, first decline since 2019, Nairametrics.
  8. CBN cuts MPR to 23% from 26.5% as MPC revises policy, Arise News.
  9. Moniepoint backs cash-flow lending as formal credit access rises to 10 percent, The Will.

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