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Ghana : l’explosion des paiements numériques accentue les risques de cyberfraude

Le Ghana connaît une forte croissance des paiements numériques, portée notamment par le mobile money. Mais cette transformation augmente également la surface d’attaque des cybercriminels. Les autorités veulent renforcer la sécurité du secteur financier numérique tout en maintenant la confiance des utilisateurs.

Le développement du mobile money au Ghana augmente les possibilités de paiement numérique, mais aussi la surface d'exposition aux cyberfraudes.
Le développement du mobile money au Ghana augmente les possibilités de paiement numérique, mais aussi la surface d'exposition aux cyberfraudes.Photo : horsakannatrading, CC0 · source
Résumé en 30 secondes
  • Le Ghana voit son économie numérique accélérer. En juin 2026, les soldes de monnaie électronique ont atteint 40 milliards de cedis, en hausse de 38 % sur un an, tandis que les plateformes de mobile money ont traité près de 493 milliards de cedis de transactions. Mais entre janvier et juillet, près d
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Le mobile money prend une nouvelle dimension

Le Ghana est devenu l’un des marchés africains où les services financiers numériques occupent une place importante dans la vie quotidienne. Mobile money, applications bancaires, paiements électroniques et services fintech permettent aux particuliers et aux entreprises d'effectuer des transactions sans passer systématiquement par les espèces. Cette évolution se traduit par des volumes financiers considérables. Selon les informations rapportées le 3 octobre par Xinhua, les soldes de monnaie électronique au Ghana ont atteint 40 milliards de cedis en juin 2026, soit une progression de 38 % sur un an. Plus de 84 millions de comptes mobiles enregistrés étaient concernés. Au cours du même mois, les plateformes de mobile money ont traité près de 493 milliards de cedis de transactions. Le réseau comptait également pour la première fois plus d'un million d'agents enregistrés. Ces chiffres illustrent l'importance prise par les paiements numériques dans l'économie ghanéenne.

Une croissance qui élargit aussi la surface d'attaque

Cette digitalisation crée cependant une nouvelle difficulté : chaque nouveau compte, chaque application et chaque transaction constitue potentiellement une cible pour les cybercriminels. La Cyber Security Authority du Ghana indique que 3 876 incidents de cybersécurité ont été enregistrés entre janvier et juillet 2026. Parmi eux, 1 818 cas, soit environ 47 %, étaient liés à la fraude en ligne. Les autorités ghanéennes citent notamment la fraude en ligne, l'usurpation d'identité, le détournement de paiements et la compromission de comptes professionnels parmi les menaces visant l'écosystème financier numérique. Le phénomène ne concerne donc plus uniquement les grandes banques. Les fintechs, les opérateurs télécoms, les commerçants et les utilisateurs individuels sont également concernés.

Les chiffres du secteur financier sont également surveillés

Les données de la CSA montrent que le problème dépasse les seuls incidents signalés au niveau national. Selon les chiffres issus du Fraud Report 2025 de la Bank of Ghana, les cas de fraude signalés auprès des banques, institutions financières spécialisées et prestataires de services de paiement sont passés de 16 733 en 2024 à 24 778 en 2025, soit une hausse de 48 %. La valeur totale des fonds exposés au risque a atteint 101 millions de cedis. Chez les prestataires de services de paiement, les incidents de fraude électronique ont augmenté de 54 %, tandis que la valeur exposée est passée de 19 à 37 millions de cedis. Ces chiffres portent sur des périodes différentes et ne doivent donc pas être additionnés. Ils montrent néanmoins l'évolution parallèle des volumes de paiements numériques et des risques de fraude.

Le Ghana veut renforcer la sécurité du système

Face à cette situation, le pays a placé la cybersécurité financière au centre de son National Cyber Security Awareness Month 2026, organisé durant tout le mois d'octobre. Le thème choisi est : « Securing Ghana’s Digital Finance Ecosystem: Building Trust Through Collaboration and Cyber Resilience » La campagne repose notamment sur cinq axes : sécurisation de la finance numérique, prévention et réponse à la cybercriminalité, protection des infrastructures critiques, cyberhygiène et développement des compétences et de la coopération. La CSA estime que la cybersécurité doit désormais être considérée comme une question de gouvernance et de résilience, et pas uniquement comme une responsabilité du service informatique.

Les banques ne peuvent pas agir seules

La sécurisation des paiements numériques implique plusieurs acteurs. Les banques contrôlent une partie des infrastructures financières. Les opérateurs télécoms fournissent les réseaux et les services mobiles. Les fintechs développent de nouvelles plateformes, tandis que les autorités assurent la régulation et la coordination. Le Ghana souhaite donc renforcer le partage d'informations et la coopération entre institutions financières, fintechs, opérateurs télécoms, autorités et forces de l'ordre. Cette approche est également visible dans la nouvelle réglementation du secteur financier. La Bank of Ghana a lancé en septembre 2026 une version révisée de sa Cyber and Information Security Directive, destinée à renforcer la résilience et la sécurité des institutions financières.

L'intelligence artificielle ajoute une nouvelle difficulté

La menace évolue également avec les nouvelles technologies. La CSA avertit que l'intelligence artificielle peut être utilisée pour produire des imitations vocales, des messages de phishing plus convaincants et des techniques d'ingénierie sociale plus sophistiquées. Un fraudeur peut ainsi combiner plusieurs technologies : récupérer des informations publiques sur une victime, générer un message crédible, imiter une identité et tenter ensuite de convaincre la victime d'effectuer une transaction. La sécurité des paiements ne repose donc plus uniquement sur les systèmes bancaires eux-mêmes. Elle dépend aussi de la capacité des utilisateurs à identifier les tentatives de manipulation.

Le défi : conserver la confiance dans le numérique

Pour les autorités ghanéennes, l'enjeu est double : continuer à développer les paiements numériques tout en évitant que les incidents de fraude ne réduisent la confiance du public. La CSA appelle notamment les organisations à renforcer la gestion des identités et des accès, utiliser l'authentification multifacteur, effectuer régulièrement des évaluations de vulnérabilité, protéger les données des clients et améliorer leurs capacités de réponse aux incidents. Le ministère ghanéen de l'Intérieur recommande également aux utilisateurs de protéger leurs mots de passe, codes PIN et codes de vérification, de vérifier les demandes de paiement et d'éviter les liens ou messages suspects.

Une tendance qui concerne toute l'Afrique

L'expérience ghanéenne dépasse le cadre du pays. À mesure que les services financiers mobiles progressent sur le continent, les entreprises africaines devront simultanément développer leurs services numériques et renforcer leur cybersécurité. Le défi consiste donc à éviter une situation dans laquelle l'innovation progresse plus rapidement que les mécanismes de protection. Le Ghana tente actuellement de répondre à cette problématique en associant régulation, sensibilisation, coopération entre acteurs et renforcement des infrastructures de sécurité.

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