Kenya : 10 384 collèges publics équipés de tableaux interactifs, le pari numérique de l’école kényane
Un tableau interactif de 65 pouces, un ordinateur portable pour l’enseignant, des contenus numérisés et plus de 62 000 professeurs formés : la première phase du programme est achevée dans les 47 comtés. La seconde doit couvrir plus de 21 000 établissements.
- La première phase du programme a équipé 10 384 collèges publics kényans de tableaux interactifs de 65 pouces.
- Chaque établissement reçoit aussi un ordinateur pour l’enseignant et des contenus numérisés ; 62 364 enseignants formés.
- Programme soutenu par la Banque mondiale ; la seconde phase vise plus de 21 000 établissements.
- Électricité, connexion, entretien et formation continue décideront de l’usage réel.
En quelques mois, plus de dix mille établissements scolaires kényans ont changé de tableau. La première phase du programme de tableaux numériques interactifs a atteint 10 384 collèges publics, les « junior schools » du nouveau système éducatif, et formé 62 364 enseignants dans les 47 comtés du pays, selon le département d’État au Numérique.
Chaque établissement reçoit un tableau interactif de 65 pouces et un ordinateur portable pour l’enseignant, avec des contenus pédagogiques numérisés. Le programme a été lancé par le vice-président, Kithure Kindiki, et s’inscrit dans le projet d’accélération de l’économie numérique du Kenya, soutenu par la Banque mondiale.
Qui fait quoi
Le déploiement est piloté par l’Autorité des technologies de l’information et de la communication (ICT Authority), avec le ministère de l’Éducation, l’Institut kényan de développement des programmes scolaires (KICD), qui produit les contenus, et la Commission du service des enseignants (TSC), qui gère les professeurs. Cette répartition est importante : un équipement sans contenus adaptés au programme, ou sans enseignants formés, finit souvent éteint dans un coin de la classe.
« L’objectif est d’offrir aux élèves une plus grande exposition aux opportunités numériques, notamment la créativité, l’innovation, les compétences numériques et l’intelligence artificielle. »
John Kipchumba Tanui, secrétaire principal du département d’État au Numérique
Pourquoi les collèges d’abord
Le Kenya a réformé son système scolaire en profondeur avec un programme fondé sur les compétences, qui remplace progressivement l’ancien modèle centré sur les examens. Les collèges, qui accueillent les élèves des classes 7 à 9, sont au cœur de cette transition : ils sont nouveaux, souvent installés dans des écoles primaires existantes, et manquent d’équipements spécialisés.
Le tableau interactif a un avantage pratique dans ce contexte. Il permet à un enseignant de projeter des contenus, des vidéos, des simulations ou des exercices devant toute la classe, là où le matériel informatique individuel serait hors de prix. Une salle, un tableau, un ordinateur : la formule est plus économique que l’équipement de chaque élève, et plus facile à entretenir. Elle a aussi l’avantage de laisser l’enseignant maître du rythme de la classe.
Programme de tableaux numériques au Kenya
En nombre. Source : Département d’État au Numérique, TechAfrica News
À quoi ressemble un cours avec un tableau interactif
Concrètement, le tableau interactif est un grand écran tactile relié à l’ordinateur de l’enseignant. En mathématiques, le professeur peut tracer une figure, la faire tourner, modifier un angle et montrer en direct comment les mesures changent. En sciences, il peut lancer une simulation du cycle de l’eau ou d’un circuit électrique, que la classe entière observe. En langues, il peut diffuser un enregistrement audio, afficher un texte et le faire annoter par les élèves, qui viennent écrire directement sur l’écran.
L’outil permet aussi d’enregistrer une leçon, de la reprendre au cours suivant, ou de la partager avec un collègue d’une autre classe. Dans des établissements où un seul enseignant peut couvrir plusieurs matières, la possibilité de s’appuyer sur des contenus préparés à l’avance, validés par l’institut des programmes, représente un gain de temps réel. L’Institut kényan de développement des programmes publie déjà des ressources numériques sur sa plateforme en ligne, qui peuvent alimenter ces équipements.
La formation, clé du succès
Avec plus de 62 000 enseignants formés, soit environ six par établissement, le programme a mis l’accent sur l’accompagnement. C’est la leçon des précédentes tentatives de numérisation de l’école en Afrique, y compris au Kenya : dans les années 2010, un programme de distribution de tablettes et d’ordinateurs aux élèves du primaire avait suscité beaucoup d’attentes et de critiques, faute de contenus, de formation et d’entretien suffisants.
Former un enseignant à utiliser un tableau interactif ne prend pas seulement quelques heures. Il faut apprendre à préparer un cours différemment, à intégrer des contenus numériques sans perdre le fil pédagogique, à gérer une classe nombreuse autour d’un écran. Le suivi dans la durée, et pas seulement la formation initiale, décidera de l’usage réel des équipements.

Les défis du terrain
- L’électricité : un tableau interactif ne fonctionne pas sans courant stable ; de nombreux établissements ruraux dépendent de réseaux irréguliers ou de solutions solaires.
- La connexion : les contenus stockés localement fonctionnent hors ligne, mais les mises à jour et les ressources en ligne demandent un accès à Internet.
- L’entretien : écrans, câbles et ordinateurs s’abîment ; il faut des techniciens et des pièces de rechange.
- La sécurité : un équipement de valeur doit être protégé contre le vol dans des bâtiments pas toujours sécurisés.
Aucun de ces défis n’est insurmontable, mais chacun demande un budget de fonctionnement, pas seulement d’investissement. C’est souvent là que les programmes d’équipement échouent : l’argent de départ vient d’un bailleur, mais l’entretien incombe ensuite à des établissements qui n’en ont pas les moyens.
Un modèle regardé par les voisins
Le Kenya n’est pas le seul pays africain à parier sur le numérique en classe. Le Rwanda a développé depuis plusieurs années des salles de classe équipées, et de nombreux pays testent des combinaisons d’écrans, de contenus hors ligne et d’énergie solaire pour les écoles rurales. L’échelle kényane, plus de dix mille établissements en une seule phase, en fait toutefois l’un des programmes les plus ambitieux du continent, et donc l’un des plus observés.
Son coût total n’a pas été détaillé dans les annonces. Il s’inscrit dans le projet d’accélération de l’économie numérique financé avec la Banque mondiale, qui couvre aussi la connectivité et les services publics en ligne. Pour évaluer le rapport coût-efficacité, il faudra connaître le prix complet par établissement, entretien compris, et le comparer aux progrès des élèves.
La deuxième phase et l’intelligence artificielle
La seconde phase doit étendre le programme aux collèges publics restants, pour atteindre plus de 21 000 établissements. Le gouvernement associe explicitement le programme à l’intelligence artificielle, dans un pays qui multiplie les accords avec les grands laboratoires du secteur. Des outils d’IA pourraient à terme aider les enseignants à préparer leurs cours, adapter les exercices au niveau des élèves ou corriger certains travaux.
Le risque, souvent pointé par les spécialistes de l’éducation, serait de présenter l’IA comme une solution miracle avant que les bases soient solides : des enseignants à l’aise avec l’outil, des contenus alignés sur le programme, et des élèves qui maîtrisent la lecture et le calcul. Un tableau interactif et un assistant d’IA peuvent aider un bon enseignant à faire mieux ; ils ne remplacent ni sa présence ni son jugement. Les premières évaluations de la phase 1, si elles sont publiées, diront si l’outil a trouvé sa place dans la pédagogie quotidienne ou s’il reste un équipement de démonstration.
Le Kenya a posé une base matérielle impressionnante en peu de temps. La mesure du succès viendra des classes elles-mêmes : fréquence d’utilisation des tableaux, résultats des élèves dans les matières concernées, et capacité des établissements à maintenir leurs équipements en état de marche au-delà de la première année. Des indicateurs que le ministère aurait tout intérêt à publier, comté par comté, pour que parents, enseignants et contribuables puissent juger sur pièces.
- Kenya’s Digital Smartboards Programme Reaches 10,384 Public Junior Schools, TechAfrica News.
- Kenya Begins AI Education Push as Govt Digitises 10,382 Junior Schools, Kenyans.co.ke.
- Kenya Begins Rollout of Digital Devices to 10,382 Schools, TechMoran.
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