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Le Sénégal valide sa feuille de route pour faire des données un moteur de croissance

Pays pilote d’un programme de Smart Africa avec le Kenya et le Lesotho, le Sénégal a validé son plan national de valorisation des données. L’objectif : passer de données dispersées et inutilisées à des services concrets, notamment grâce à l’IA.

Des serveurs informatiques. Le Sénégal veut exploiter les données produites par ses administrations et ses entreprises.
Des serveurs informatiques. Le Sénégal veut exploiter les données produites par ses administrations et ses entreprises.Photo : Victorgrigas, CC BY-SA 3.0 · source
Résumé en 30 secondes
  • Le Sénégal a validé les 21 et 22 septembre son schéma directeur national de valorisation des données.
  • Le projet est soutenu par Smart Africa et la GIZ ; le Sénégal est pays pilote avec le Kenya et le Lesotho.
  • Objectif : transformer des données dispersées en services publics et en usages de l’IA.
  • Conditions : protection des données, qualité, interopérabilité, compétences et sécurité.
La suite : Un pays pilote

Les administrations produisent chaque jour des quantités considérables de données : état civil, fiscalité, santé, éducation, agriculture, transports. La plupart dorment dans des serveurs, des tableurs ou des archives papier, sans jamais être croisées ni utilisées pour améliorer les services. C’est ce gâchis que le Sénégal veut réduire avec son schéma directeur national de valorisation des données, validé lors d’un atelier les 21 et 22 septembre 2026.

L’atelier a été organisé par la Direction des technologies de l’information et de la communication (DTIC) du ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, avec l’appui de Smart Africa, l’alliance panafricaine pour le numérique, dans le cadre de son programme de gouvernance des données en Afrique, et de la coopération allemande (GIZ).

Un pays pilote

Le Sénégal fait partie des trois pays pilotes de l’initiative, avec le Kenya et le Lesotho. Le projet a démarré en juin 2026. Des consultations nationales ont été menées les 1er et 2 juillet pour identifier les usages possibles des données et de l’intelligence artificielle dans plusieurs secteurs. L’atelier de septembre a servi à affiner les mécanismes de mise en œuvre et de suivi, avant la finalisation du document.

Ministères, établissements publics, universités, entreprises, sociétés technologiques, société civile et partenaires techniques et financiers ont participé aux échanges. Cette large consultation est une condition du succès : un plan de données conçu par le seul ministère du Numérique risquerait de rester lettre morte dans les ministères qui produisent réellement les données.

Ce que veut dire « valoriser » les données

Le terme peut sembler abstrait. Il recouvre des usages très concrets. Croiser les données de santé et de météo pour anticiper les épidémies de paludisme. Utiliser les données de transport pour mieux organiser les lignes de bus de Dakar. Publier des statistiques agricoles fiables pour aider les producteurs et les banques à décider. Permettre à un citoyen de ne fournir qu’une fois ses documents à l’administration, qui les partage ensuite entre services.

Le schéma vise à faire des données un levier de création de valeur économique, sociale, environnementale et institutionnelle : nouveaux services, compétitivité des secteurs, meilleurs services publics et croissance durable. Il s’articule avec la Vision Sénégal 2050, le New Deal technologique, la stratégie nationale des données et la stratégie nationale d’intelligence artificielle.

Dakar. Transports, santé, agriculture : les données publiques peuvent améliorer des services très concrets.
Dakar. Transports, santé, agriculture : les données publiques peuvent améliorer des services très concrets.Fawaz.tairou, CC BY 4.0

Des exemples de ce qui est possible

Dans l’agriculture, qui fait vivre une grande partie des Sénégalais, des données combinées sur les sols, les pluies, les prix des marchés et les rendements permettraient de conseiller les producteurs sur les semences et les dates de semis, et d’aider les banques à mieux évaluer le risque d’un crédit agricole. Dans la santé, le croisement des données des structures sanitaires avec la météo et les déplacements de population aiderait à anticiper les épidémies saisonnières et à répartir les stocks de médicaments.

Dans l’administration, le principe du « dites-le-nous une fois » changerait la vie des usagers : un citoyen qui a déjà fourni son acte de naissance ou son attestation de résidence ne devrait plus avoir à le fournir de nouveau à chaque démarche, si les services échangent ces informations de manière sécurisée. Pour les entreprises, des données ouvertes sur la démographie, la consommation ou la mobilité réduiraient le coût des études de marché et faciliteraient la création de services nouveaux, notamment par les start-up.

Smart Africa et la gouvernance continentale

Smart Africa, l’alliance qui réunit une quarantaine de pays africains autour du numérique, travaille depuis plusieurs années sur la gouvernance des données à l’échelle du continent. L’objectif à long terme est de faciliter les échanges de données entre pays africains, dans un cadre de confiance commun, pour soutenir la zone de libre-échange continentale. Les pays pilotes comme le Sénégal servent de laboratoire : ce qui fonctionne chez eux pourra être adapté ailleurs, et les difficultés rencontrées nourriront les recommandations continentales.

Pas d’IA sans données

Le lien avec l’intelligence artificielle est direct. Un modèle d’IA ne vaut que par les données sur lesquelles il est entraîné ou qu’il utilise. Un pays qui veut des outils d’IA adaptés à ses réalités, à ses langues, à son agriculture, à son système de santé, doit disposer de données fiables, documentées et accessibles. Sans ce travail de fond, il est condamné à utiliser des outils conçus ailleurs, à partir de données qui ne lui ressemblent pas.

C’est aussi une question de souveraineté. Des données nationales bien organisées permettent de négocier avec les grandes entreprises technologiques en position de force, de fixer des conditions d’accès, et de faire en sorte que les bénéfices de leur exploitation profitent au pays. À l’inverse, des données éparpillées, mal protégées ou confiées sans règles à des prestataires étrangers échappent au contrôle national.

Les conditions du succès

  • La protection des données personnelles : toute valorisation doit respecter la loi sénégalaise et le contrôle de la Commission de protection des données personnelles.
  • La qualité : des données fausses ou incomplètes produisent de mauvaises décisions, et des outils d’IA biaisés.
  • L’interopérabilité : les systèmes des différents ministères doivent pouvoir échanger des informations selon des normes communes.
  • Les compétences : il faut des statisticiens, des ingénieurs de données et des juristes dans les administrations.
  • La sécurité : la cyberattaque contre le fichier des cartes d’identité en début d’année rappelle que chaque base centralisée est une cible.

Le financement est l’autre question en suspens. Le document validé en septembre fixe des orientations, mais la mise en œuvre demandera des budgets : recrutement de spécialistes, modernisation des systèmes d’information des ministères, plateformes d’échange de données, sécurité. Le New Deal technologique, la grande stratégie numérique du gouvernement, prévoit des investissements importants, et les partenaires comme la GIZ et Smart Africa apportent un appui technique. Encore faudra-t-il que la valorisation des données obtienne sa part des arbitrages budgétaires, face à des besoins plus visibles comme les infrastructures.

La gouvernance compte tout autant. Qui décide quelles données sont partagées, entre quels services, et selon quelles règles ? Un comité national, avec des représentants des ministères producteurs de données, de l’autorité de protection des données et de la société civile, peut éviter que chaque administration garde jalousement ses fichiers, ou au contraire que des données sensibles circulent sans contrôle.

De la feuille de route aux résultats

Les feuilles de route numériques sont nombreuses en Afrique, et beaucoup restent au stade du document. Celle du Sénégal sera jugée sur des réalisations visibles : un portail de données ouvertes enrichi et mis à jour, des services publics qui utilisent réellement les données pour simplifier les démarches, et des projets d’IA menés avec des universités et des start-up locales. La participation du Kenya et du Lesotho au même programme offrira un point de comparaison utile. La prochaine étape est la version finale du document, puis les premiers projets. C’est à ce moment que l’on saura si les données sénégalaises cessent vraiment de dormir, et si elles servent d’abord aux citoyens.

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Sources
  1. Senegal Validates National Blueprint to Unlock Value From Data, TechAfrica News.
  2. Dakar valide son plan de bataille pour transformer ses données brutes en moteur de croissance, Afrique IT News.
  3. Données et IA : le Sénégal finalise sa feuille de route nationale, PressAfrik.

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