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Mini-réseaux solaires au Nigeria : la technique a fait ses preuves, le financement reste à inventer

180 mini-réseaux, 146 000 foyers raccordés : le programme d’électrification a montré que le solaire décentralisé fonctionne. Mais la dévaluation du naira a fait exploser les coûts, et un nouveau fonds de 300 millions de dollars doit prouver qu’on peut attirer l’investissement privé.

Un mini-réseau électrique dans l’État de Bayelsa, dans le delta du Niger.
Un mini-réseau électrique dans l’État de Bayelsa, dans le delta du Niger.Photo : Rupumped, CC BY-SA 4.0 · source
Résumé en 30 secondes
  • Le programme nigérian d’électrification a permis de construire 180 mini-réseaux solaires et de raccorder plus de 146 000 foyers.
  • Les ménages dépensent près de deux fois plus en carburant pour groupes électrogènes qu’en électricité du réseau.
  • La dépréciation du naira a fait varier la subvention par raccordement de 350 à 600, puis 450 dollars.
  • Un nouveau fonds de 300 millions de dollars (NSIA, Africa50) doit attirer l’investissement privé ; ses résultats restent à démontrer.
La suite : Ce que le programme a prouvé

Au Nigeria, l’électricité reste un luxe pour une grande partie de la population. En 2024, seuls 62,5 % des habitants y avaient accès, ce qui laisse plus de 80 millions de personnes sans électricité. Des millions d’autres, raccordés au réseau national, subissent des coupures si fréquentes qu’ils dépendent de groupes électrogènes. Les mini-réseaux solaires, des petites centrales qui alimentent un village ou un quartier sans passer par le réseau national, sont l’une des réponses les plus prometteuses. Le pays a montré qu’ils fonctionnent. Il doit maintenant trouver comment les financer à grande échelle.

Ce que le programme a prouvé

Dans le cadre du projet d’électrification du Nigeria (Nigeria Electrification Project), soutenu par la Banque mondiale, des développeurs privés ont construit 180 mini-réseaux hybrides solaires dans 23 États. Ils ont raccordé plus de 146 000 foyers et installé 19,2 mégawatts de capacité renouvelable. Techniquement, le pari est réussi : le solaire décentralisé peut apporter l’électricité là où le réseau national n’arrive pas, et le faire de manière fiable.

  • 180 mini-réseaux hybrides solaires construits.
  • 23 États concernés.
  • Plus de 146 000 foyers raccordés.
  • 19,2 MW de capacité renouvelable installée.

Des ménages qui paient déjà cher leur énergie

L’argument économique est puissant. Selon une enquête de l’Office national des statistiques (NBS) publiée pour 2024, les ménages interrogés ont dépensé 327,05 milliards de nairas, environ 246 millions de dollars, en essence et en diesel pour leurs groupes électrogènes, contre 175,05 milliards de nairas pour l’électricité du réseau. Autrement dit, les familles nigérianes dépensent près de deux fois plus pour produire leur propre électricité, bruyante, polluante et chère, que pour acheter celle du réseau.

Dépenses énergétiques des ménages interrogés (2024)

  • Essence et diesel pour groupes électrogènes327,05
  • Électricité du réseau175,05

En Md ₦. Source : NBS, enquête sur la demande résidentielle d’énergie, via TechCabal

Cet argent existe donc déjà : il est simplement dépensé de la pire façon possible. Une partie pourrait servir à payer une électricité solaire plus propre et plus prévisible, à condition que les installations soient construites. C’est là que tout se complique.

Le piège de la monnaie

Le programme a révélé une faiblesse structurelle : le risque de change. Les développeurs achètent l’essentiel de leur équipement, panneaux, batteries, onduleurs, en devises étrangères, mais perçoivent leurs revenus en nairas. Quand le naira s’est fortement déprécié, le coût des équipements a flambé alors que les tarifs payés par les clients, eux, ne pouvaient pas suivre.

Le programme offrait au départ une subvention de 350 dollars par raccordement. Pour compenser les pertes de change, la Banque mondiale l’a portée à 600 dollars. Mais l’enveloppe totale disponible est passée de 150 à 56,7 millions de dollars, ce qui a réduit le nombre de raccordements financés malgré une aide plus élevée par unité. La subvention a finalement été fixée à 450 dollars. Ces ajustements successifs montrent les limites d’un modèle qui dépend des subventions.

Lagos. Dans les grandes villes comme dans les campagnes, les groupes électrogènes compensent les défaillances du réseau.
Lagos. Dans les grandes villes comme dans les campagnes, les groupes électrogènes compensent les défaillances du réseau.Jamie Tubers, CC BY-SA 4.0

Comment un mini-réseau gagne de l’argent

Le modèle économique d’un mini-réseau est simple sur le papier. Le développeur construit la centrale solaire, avec des batteries et souvent un petit générateur de secours, puis un réseau de distribution local jusqu’aux maisons et aux commerces. Les clients paient leur électricité, généralement par avance, avec des compteurs à prépaiement et des recharges par téléphone. Les recettes doivent couvrir l’exploitation, la maintenance et le remboursement de l’investissement sur de nombreuses années.

La rentabilité dépend de la consommation. Un village où l’électricité ne sert qu’à l’éclairage et à la recharge des téléphones consomme peu, et les recettes restent faibles. Un village où des ateliers de soudure, des moulins à grain, des chambres froides ou des salons de coiffure utilisent l’électricité dans la journée transforme le mini-réseau en affaire viable. C’est pourquoi les développeurs cherchent de plus en plus à encourager ces usages productifs, parfois en finançant eux-mêmes les équipements de leurs clients.

Les banques ne suivent pas

Au-delà des programmes d’aide, le crédit commercial reste difficile d’accès. Un développeur cité par le média TheCable, Hakeem Disu, de Lihon Energy, résume le problème : les prêts bancaires classiques sont inadaptés aux mini-réseaux. Leurs durées sont courtes, leurs taux élevés, et les garanties exigées sont lourdes. Or un mini-réseau se rembourse sur de nombreuses années, au rythme des factures d’électricité payées par des ménages modestes. Le décalage entre la durée des prêts et celle du retour sur investissement bloque les projets.

Du don à la finance mixte

Les politiques publiques évoluent en conséquence. Plutôt que de subventionner chaque raccordement, elles cherchent à réduire les risques pour attirer l’investissement privé. Le programme DARES, doté de 750 millions de dollars avec le soutien de la Banque mondiale, vise à mobiliser plus d’un milliard de dollars de capitaux privés en s’attaquant aux risques systémiques plutôt qu’en distribuant des subventions.

Le nouveau Fonds nigérian pour les énergies renouvelables décentralisées (DRE Fund) va plus loin. Géré conjointement par l’Autorité nigériane d’investissement souverain (NSIA) et Africa50, la plateforme d’investissement dans les infrastructures soutenue par la Banque africaine de développement, il finance mini-réseaux, systèmes solaires commerciaux et autres installations décentralisées. Il démarre avec 25 millions de dollars apportés par la Banque mondiale, sur un objectif de 300 millions. Il avait été imaginé au départ à 500 millions.

L’idée est de placer l’argent public là où il débloque le plus d’argent privé : en prenant une partie du risque, les capitaux publics rendent les projets acceptables pour des investisseurs institutionnels, comme les fonds de pension, qui ne financeraient pas seuls un mini-réseau. Une subvention finance un projet ; un fonds bien structuré peut créer une véritable classe d’actifs, capable d’attirer des capitaux en continu.

Le test : l’argent va-t-il vraiment circuler ?

Pour l’instant, c’est une promesse. Le lancement commercial du fonds ne dit pas encore combien de capitaux privés ont été levés, combien de développeurs ont été financés, ni combien de projets seront soutenus. Le vrai critère de succès ne sera pas d’atteindre l’objectif de 300 millions, mais de mobiliser durablement l’investissement institutionnel dans l’énergie décentralisée.

Pour y parvenir, les développeurs ont besoin de financements adaptés : des durées longues, une protection contre les variations du naira, et des remboursements calés sur leurs revenus locaux. Si le fonds y parvient, les développeurs pourront constituer des portefeuilles de projets, bâtir des historiques de revenus, et devenir plus attractifs pour les investisseurs privés. Pour les ménages et les entreprises, ce serait une électricité fiable et propre, et moins d’argent brûlé dans les groupes électrogènes.

Une leçon pour l’Afrique

Le cas nigérian vaut pour tout le continent. Les programmes d’électrification solaire financés par des dons ont démontré leur efficacité technique au Nigeria, au Kenya, en Tanzanie ou en Sierra Leone. Mais aucun pays ne pourra électrifier des dizaines de millions de personnes avec des subventions seules. Le passage à des financements capables de mobiliser l’épargne locale et les investisseurs institutionnels, en monnaie locale, est la condition pour changer d’échelle. Le Nigeria, avec le plus grand déficit d’accès à l’électricité du monde, en sera le terrain d’essai le plus observé.

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Sources
  1. Nigeria can build solar power plants, but funding remains elusive, TechCabal.
  2. Nigeria Electrification Project, Rural Electrification Agency.

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