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Microsoft démonte son centre d’ingénierie de Nairobi, sept ans après la promesse de 100 millions de dollars

Les salariés de l’Africa Development Centre de Nairobi ont appris lundi que leurs postes allaient disparaître. Microsoft parle de « changements proposés » et promet de rester au Kenya. Après Lagos en 2024, il ne reste presque rien du grand pari africain annoncé en 2019.

Pourquoi c’est importantQuand un géant de la tech promet des emplois qualifiés, ils dépendent d’un budget décidé à Redmond. Pour les gouvernements qui négocient ces implantations, Dakar compris, le cas kényan montre ce qui résiste à une restructuration et ce qui n’y résiste pas.

Le centre-ville de Nairobi. Microsoft y avait installé en 2019 l’un de ses deux centres d’ingénierie africains, l’autre étant à Lagos.
Le centre-ville de Nairobi. Microsoft y avait installé en 2019 l’un de ses deux centres d’ingénierie africains, l’autre étant à Lagos.Photo : Raidarmax, CC BY-SA 3.0 · source
Résumé en 30 secondes
  • Le 12 octobre 2026, les salariés de l’Africa Development Centre de Microsoft à Nairobi ont appris la fin de leur centre d’ingénierie ; près de 400 emplois sont menacés selon TechCabal.
  • Microsoft parle de « changements proposés » dans le cadre de sa restructuration mondiale et promet de rester au Kenya, sans donner de chiffre ni de calendrier.
  • Le centre, annoncé en 2019 avec 100 millions de dollars sur cinq ans, comptait plus de 450 ingénieurs en 2022 et travaillait sur des produits mondiaux ; le site de Lagos avait fermé en 2024.
  • Microsoft garde au Kenya ses ventes, ses clients et ses relations avec l’État ; le data center d’un milliard de dollars annoncé avec G42 reste bloqué.
La suite : Ce que perd Nairobi

Lundi 12 octobre, dans les bureaux de Dunhill Towers, à Westlands, les ingénieurs de Microsoft ont reçu la nouvelle qu’ils redoutaient depuis l’été : le centre où ils travaillent va fermer. C’est ce qu’a raconté à CIO Africa une personne qui y était employée, et ce qu’ont confirmé d’autres salariés à plusieurs médias kényans. Le lendemain, TechCabal, citant deux employés sous couvert d’anonymat, chiffrait à près de 400 le nombre d’emplois menacés. Les salariés étaient invités à voir leur manager d’ici au vendredi 16 octobre pour discuter des conditions de départ et des indemnités.

Microsoft, de son côté, n’a pas prononcé le mot « fermeture ». Un porte-parole a parlé à CIO Africa de « changements proposés », liés aux réorganisations du groupe dans le monde, qui ont « touché le département d’ingénierie au Kenya ». L’entreprise ajoute qu’elle continuera d’opérer dans le pays, d’y avoir des salariés et de servir ses clients de la région. « Nous mesurons l’incertitude que cela crée », a-t-elle déclaré à Kenyans.co.ke. Aucun chiffre, aucun calendrier, rien sur d’éventuelles mutations vers d’autres équipes.

Ce flou ne trompe pas grand monde. Selon tech-ish, le jour de l’annonce, le site de recrutement de Microsoft n’affichait plus aucune offre d’emploi au Kenya.

Ce que perd Nairobi

L’Africa Development Centre n’était pas un centre d’appels ni un service d’assistance. Quand Microsoft l’annonce, le 13 mai 2019, il s’agit d’écrire du code pour les produits du groupe, vendus dans le monde entier, depuis Nairobi et Lagos. La promesse est chiffrée : 100 millions de dollars sur cinq ans, 100 ingénieurs à temps plein dès la fin 2019 et 500 sur les deux sites d’ici à 2023. Phil Spencer, le patron de Xbox, qui parraine le projet, assure alors que l’ADC « ne ressemblera à aucun autre investissement sur le continent ».

Pendant quelque temps, la promesse est tenue. En mars 2022, lorsque le président Uhuru Kenyatta inaugure les locaux de Westlands, le centre de Nairobi compte plus de 450 ingénieurs et responsables produit à temps plein. Catherine Muraga en prend la direction en juin de la même année. Les équipes kényanes travaillent sur la gestion des identités, Microsoft 365, Windows et les appareils, la sécurité et les outils pour développeurs. D’après tech-ish, elles figurent parmi les principaux contributeurs de bibliothèques de Microsoft Graph téléchargées des centaines de millions de fois, et des ingénieurs basés au Kenya sont cités comme inventeurs dans au moins huit familles de brevets.

C’est cela que Nairobi perd : des postes où l’on apprend à concevoir, tester et maintenir un logiciel utilisé par des centaines de millions de personnes, avec les méthodes et les exigences d’un éditeur américain. Ces compétences ne disparaissent pas du jour au lendemain. Plusieurs centaines d’ingénieurs expérimentés vont arriver sur le marché du travail kényan, ce qui fera les affaires des start-up et des banques locales, qui avaient du mal à les recruter. Mais le lieu qui les formait, lui, s’arrête.

Une question reste ouverte : le sort de Microsoft Research Africa et du Microsoft Garage, installés dans le même immeuble. Microsoft ne dit pas s’ils sont concernés.

Le départ se fait aussi dans un climat tendu. Le 23 septembre, un ancien responsable produit de l’ADC, aujourd’hui chez Google, a affirmé sur LinkedIn que des salariés s’étaient vu proposer, en fin de trimestre, soit un plan d’amélioration des performances de six semaines, soit un départ présenté comme volontaire. Il rapportait ce que d’autres lui avaient dit ; ces accusations n’ont pas été vérifiées et Microsoft n’y a pas répondu. Le droit kényan, lui, est clair sur un point : en cas de licenciement économique, chaque salarié a droit à un mois de préavis, à ses congés payés et à au moins quinze jours de salaire par année d’ancienneté.

Lagos, la répétition générale

Les ingénieurs de Nairobi avaient un précédent sous les yeux. En mai 2024, Microsoft a fermé le site nigérian de l’ADC, à Lagos, où environ 200 emplois étaient menacés selon The Guardian Nigeria. L’entreprise expliquait alors avoir « décidé de fermer l’Africa Development Centre au Nigeria », tout en précisant que ce n’était « pas une fermeture de site », et qu’il n’y avait « aucun impact » sur le centre kényan. Lagos avait notamment travaillé sur Mesh, une plateforme de réalité mixte que Microsoft a abandonnée depuis.

Le Kenya, déjà, n’était pas totalement épargné : en mars 2023, des ingénieurs et des responsables produit de Nairobi avaient été licenciés, dans la foulée des 10 000 suppressions de postes annoncées par Satya Nadella. Microsoft n’a jamais dit combien.

La décision de 2026 s’inscrit dans un mouvement mondial. En mai 2025, le groupe supprimait 6 000 postes. En juillet 2026, environ 4 800, soit 2,1 % de ses effectifs, surtout dans les ventes et chez Xbox ; le mémo interne prévenait que les équipes d’ingénierie allaient « faire évoluer leur structure et leurs priorités ». Le 22 septembre, 268 postes de plus disparaissaient chez Xbox. En 2025, Microsoft avait aussi mis fin à ses opérations directes au Pakistan. Nairobi n’est pas visé en tant que tel : il est simplement devenu, dans un groupe qui investit des dizaines de milliards dans ses data centers pour l’IA, une ligne de coût parmi d’autres.

Le campus de Microsoft à Redmond, près de Seattle. C’est là, et non à Nairobi, que se décident les budgets d’ingénierie du groupe.
Le campus de Microsoft à Redmond, près de Seattle. C’est là, et non à Nairobi, que se décident les budgets d’ingénierie du groupe.Tom Harpel from Seattle, Washington, United States, CC BY 2.0

Ce que Microsoft garde au Kenya

Le même lundi, William Kabogo, ministre kényan de l’Information, des Communications et de l’Économie numérique, recevait une délégation conduite par Jeff Bullwinkel, vice-président et directeur juridique adjoint de Microsoft pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique. Angela Ng’ang’a, nommée en août à la tête de Microsoft pour l’Afrique de l’Est, l’accompagnait. Microsoft l’a informé de « l’évolution de ses activités au Kenya », a écrit le ministre, qui dit avoir « insisté sur l’importance de retenir les talents locaux » et de protéger les emplois du centre de Nairobi, ainsi que la confiance des investisseurs.

Il n’a pas obtenu d’annonce sur les emplois. Il repart avec un plan d’action commun à préparer : l’IA dans l’administration, la numérisation des services publics, la cybersécurité, les infrastructures et la formation. Autrement dit, ce que Microsoft garde au Kenya, ce sont ses commerciaux, ses clients, ses contrats avec l’État et ses programmes de formation. L’activité qui rapporte reste ; celle qui coûte s’en va.

Reste le projet le plus spectaculaire : le data center d’un milliard de dollars annoncé en mai 2024 avec G42, la société d’IA émiratie, lors de la visite d’État de William Ruto à Washington. Il devait être alimenté par la géothermie d’Olkaria et accueillir une région cloud Azure pour l’Afrique de l’Est. En septembre 2025, selon Semafor, le chantier n’avait toujours pas commencé. En mai 2026, le président kényan a expliqué que l’installation aurait réclamé environ un tiers de la capacité électrique du pays. Selon Semafor, le Trésor n’a pas débloqué les fonds demandés ; selon Bloomberg, Microsoft et G42 voulaient que l’État s’engage à louer une partie de la capacité chaque année. Le gouvernement assure que le projet n’est pas abandonné.

Ce que Nairobi dit aux autres capitales

Le Kenya avait pourtant tout fait comme il faut. Un président présent au lancement, un autre à l’inauguration, des universités associées, une capitale qui se vend depuis des années comme la « Silicon Savannah » de l’Afrique de l’Est. Rien de cela n’a pesé lorsque la maison mère a revu ses priorités.

La leçon vaut pour toutes les capitales qui courtisent les géants américains ou chinois, Dakar comprise, qui affiche avec son New Deal technologique l’ambition de devenir un pôle numérique africain. Un engagement en dollars sur cinq ans reste un engagement de cinq ans. Une fois la somme dépensée, rien n’oblige l’entreprise à continuer. Un bureau commercial ou un contrat de cloud public survivent aux restructurations parce qu’ils rapportent. Un centre d’ingénierie, lui, dépend de la bonne volonté de quelques dirigeants à l’autre bout du monde. D’après tech-ish, plusieurs des dirigeants qui avaient porté l’ADC, dont Phil Spencer, ont depuis quitté le groupe.

Ce qui reste, en revanche, ce sont les gens. Des centaines d’ingénieurs kényans et nigérians ont passé plusieurs années à travailler sur des produits mondiaux. Plusieurs sont déjà partis chez Google ou ailleurs. Pour un pays, c’est peut-être le seul bénéfice durable de ces implantations : moins l’immeuble que les compétences qui en sortent.

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Sources
  1. Microsoft To Close Nairobi Africa Development Centre, CIO Africa.
  2. Microsoft is shutting its Nairobi engineering centre, TechCabal.
  3. Microsoft Shuts Down Africa Development Centre in Nairobi, Techweez.
  4. How Microsoft’s Africa Development Centre went from a USD 100 million promise to closing its doors in Nairobi, tech-ish.
  5. Microsoft’s Nairobi Development Centre Faces Possible Closure, Kenyans.co.ke.
  6. Furthering our investment in Africa: Microsoft opens first Africa Development Centre in Kenya and Nigeria, Microsoft.
  7. 200 jobs at risk as Microsoft shuts down innovation centre in Lagos, The Guardian Nigeria.
  8. Energy shortfall ‘problem’ scuppers Kenya’s $1B Microsoft data center, Semafor.

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