New Deal technologique : dix-neuf mois après, des guichets en ligne livrés, Starlink à l’arrêt et des milliards encore sur le papier
Lancé en février 2025 pour 1 105 milliards de FCFA, le plan numérique du Sénégal a livré ses premières plateformes administratives et ses premières lois. Mais la promesse la plus concrète, connecter un million de personnes d’ici décembre, a perdu son principal outil, et les grands projets industriels restent des signatures. Bilan d’étape, chiffres à l’appui.
Pourquoi c’est importantCe plan doit décider du prix de votre connexion, du temps passé à obtenir un papier administratif et des emplois numériques créés d’ici 2034. Voici ce qui fonctionne déjà, et ce qui n’existe encore que sur le papier.
- Lancé le 24 février 2025, le New Deal technologique prévoit 1 105 milliards de FCFA sur dix ans, en douze programmes et une cinquantaine de projets ; environ 155 milliards restaient à financer.
- Les réalisations sont surtout administratives : portail e-Sénégal, plateforme d’interopérabilité, e-Consulat, Startup Act opérationnel, loi sur la cybersécurité votée à l’unanimité en août 2026.
- L’objectif de connecter un million de personnes d’ici fin 2026 a perdu l’un de ses outils avec la suspension de Starlink par la Cour suprême, le 7 septembre.
- Les grands projets industriels, dont la Digital Factory de 88,3 milliards de FCFA et l’accord avec Nokia, sont signés mais pas livrés, et leur financement reste flou.
- Le ministère dispose de 81 milliards de FCFA de crédits pour 2026, mais aucun chiffre d’usage ni tableau consolidé des dépenses du plan n’est publié.
Il reste onze semaines au gouvernement sénégalais pour tenir sa promesse la plus parlante : connecter gratuitement un million de personnes à Internet avant la fin de 2026. En avril, le ministère chargé du Numérique avait lancé une tournée de kits satellitaires à Ziguinchor, Kolda et Kaolack, avec les écoles et les centres de santé en tête de liste. Cinq mois plus tard, le 7 septembre, la Cour suprême suspendait l’autorisation de Starlink, l’opérateur sur lequel reposait une partie du plan. Le gouvernement n’a pas dit publiquement, depuis, comment il comptait compenser.
Cet épisode résume assez bien l’état du New Deal technologique, dix-neuf mois et demi après son lancement. Les plateformes qui relèvent de l’administration elle-même avancent. Les projets qui dépendent d’un partenaire privé, d’un juge ou d’un financement extérieur avancent beaucoup moins vite. Et plusieurs annonces chiffrées, présentées comme des réalisations, restent pour l’instant des accords-cadres et des protocoles.
NovoTech a repris les engagements de février 2025, les bilans officiels de mars 2026, le budget voté pour 2026 et les annonces de ces dernières semaines. Ce qui suit fait la part entre ce qui est livré, ce qui est signé et ce qui bloque.
La promesse de Diamniadio

Le 24 février 2025, au Centre international de conférences Abdou Diouf de Diamniadio, le président Bassirou Diomaye Faye présente la stratégie qui remplace « Sénégal numérique 2025 ». Le New Deal technologique est rattaché à l’agenda national de transformation « Sénégal 2050 » et court sur dix ans, jusqu’en 2034. Son coût : 1 105 milliards de FCFA, soit environ 1,68 milliard d’euros, ou 1,7 à 2 milliards de dollars selon le cours retenu.
Le plan directeur compte douze programmes et une cinquantaine de projets prioritaires, rangés sous quatre axes : la souveraineté numérique, avec les réseaux et les centres de données ; la dématérialisation des services publics ; le développement de l’économie numérique ; enfin, l’ambition de faire du Sénégal une référence du secteur sur le continent.
Les objectifs pour 2034, tels que les publie le site officiel vie-publique.sn, sont ambitieux : 95 % de connectivité de qualité, une économie numérique qui pèse 15 % du PIB, plus de 500 start-up labellisées et 100 000 diplômés du numérique. Sur l’emploi, les chiffres varient selon les documents. Le site gouvernemental parle de 350 000 emplois directs et indirects ; l’Agence Ecofin retient 150 000 emplois directs. Les deux chiffres ne mesurent pas la même chose, et aucun document public ne dit comment ces emplois seront comptés.
Le financement, lui, n’était pas entièrement bouclé au départ. Selon Sika Finance, 800 milliards de FCFA étaient prévus dans le budget de l’agenda national, 150 milliards venaient de financements privés déjà disponibles, et 155 milliards restaient à trouver. En mars 2026, le Premier ministre Ousmane Sonko parlait de 950 milliards « identifiés », ce qui laisse le même trou d’environ 155 milliards.
Mars 2026 : le passage à l’acte
La première année a surtout servi à organiser les projets et leur gouvernance. Le 24 mars 2026, au même endroit, Ousmane Sonko lance la « phase opérationnelle ». Le Premier ministre fixe la barre haut : le plan, dit-il, engage « une rupture profonde, irréversible, des structures » de l’État. Il met aussi le doigt sur un mal ancien de l’administration sénégalaise, les silos : sans réponse claire aux questions de coordination, « chaque ministère avance dans sa propre direction », et au bout du compte « c’est le Trésor Public qui paie la facture ».
Sept projets sont présentés ce jour-là comme les briques de base de l’« infrastructure publique numérique » du pays, selon l’Agence de presse sénégalaise. Le portail e-Sénégal, guichet unique des démarches administratives. Un programme de connectivité universelle. Une plateforme d’interopérabilité qui permet aux administrations d’échanger leurs données, avec le principe du « Once Only » : l’usager ne fournit qu’une fois une information que l’État possède déjà. SENGEC, un système de gestion électronique du courrier testé dans plusieurs ministères. La mise en œuvre du Startup Act. L’e-Consulat, pour les passeports, cartes consulaires et visas demandés depuis l’étranger. Enfin, une plateforme de suivi-évaluation censée mesurer en temps réel l’avancement des programmes.
Le même jour, trois chantiers d’infrastructure sont lancés : un cloud souverain pour héberger les données publiques sur le territoire, la connectivité de plus d’un million de Sénégalais, y compris dans les zones isolées, et l’augmentation de la bande passante des administrations. Sur ce dernier point, le gouvernement avance un chiffre précis : le débit de l’intranet de l’État est passé de 600 mégabits à 20 gigabits par seconde.

Ce qui est livré

Le bilan tangible, à ce stade, est surtout administratif. Le portail e-Sénégal existe et il est accessible par application mobile ; le casier judiciaire figure parmi les premières démarches intégrées, selon un document du ministère cité par Le Soleil en mars. La plateforme d’interopérabilité fonctionne entre administrations. Le Conseil national du numérique, vingt personnalités bénévoles du public, du privé et de la société civile chargées de conseiller le gouvernement, a été installé par le Premier ministre le 2 octobre 2025.
Le Startup Act, voté en 2020 mais longtemps resté théorique, est entré dans sa phase opérationnelle le 20 novembre 2025, avec l’ouverture de la labellisation. Le label donne accès à des avantages fiscaux et douaniers et à un accès facilité aux marchés publics. Combien d’entreprises l’ont obtenu ? Ni le ministère ni l’organe de labellisation n’ont publié de chiffre que nous ayons pu trouver. L’objectif de 500 start-up labellisées en 2034 ne peut donc pas encore être mesuré.
C’est la faiblesse commune de ces réalisations : aucune n’est accompagnée de chiffres d’usage. Combien de démarches ont été faites sur e-Sénégal ? Combien de casiers judiciaires délivrés en ligne ? Combien de Sénégalais de l’étranger ont renouvelé un passeport sans se déplacer ? La plateforme de suivi-évaluation devait précisément répondre à ces questions. Ses tableaux de bord n’ont pas été rendus publics.
Un cloud souverain sur une technologie chinoise

La souveraineté numérique est le premier axe du plan, et le cloud en est le symbole. Le gouvernement veut héberger les données sensibles de l’État dans deux centres de données nationaux, celui de Diamniadio et celui d’Orana, selon les annonces du 24 mars rapportées par Kewoulo. Le cadre juridique suit : la loi sur la cybersécurité des infrastructures critiques, votée en août, pose le principe d’un hébergement local des données publiques.
La première brique de ce cloud national a pourtant été construite par un groupe étranger. En mars 2026, Sénégal Numérique SA (SENUM SA), la société publique qui gère les infrastructures de l’État, a reçu une infrastructure conçue par Alibaba Cloud sur sa solution Apsara Stack, selon TechReview Africa. Elle doit d’abord faire tourner les applications des Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar 2026, du 31 octobre au 13 novembre, puis servir de socle à un cloud public national ouvert aux administrations et aux entreprises. L’accord avait été signé en juillet 2025 à Hangzhou, lors d’une visite d’Ousmane Sonko en Chine. Il prévoit aussi la formation de 200 ingénieurs et l’accompagnement de 1 000 jeunes par l’Alibaba Cloud Academy.
Il n’y a là rien d’inhabituel : peu de pays africains ont les moyens de concevoir seuls la pile logicielle d’un cloud, et la plupart achètent cette technologie à des groupes américains, européens ou chinois. Mais la souveraineté dont parle le gouvernement est d’abord une souveraineté de localisation, les données restent au Sénégal, plus qu’une souveraineté technologique. La différence comptera le jour où il faudra mettre à jour, auditer ou remplacer ces systèmes.

Le million de connexions et l’antenne débranchée
Sur la connectivité, le point de départ est connu. Selon le rapport Digital 2026 de DataReportal, 11,5 millions de Sénégalais utilisaient Internet fin 2025, soit 60,6 % de la population. L’écart entre Dakar et le reste du pays est considérable : d’après des chiffres cités par Afrique IT News, l’accès ne dépasserait pas 3 % en milieu rural, contre 43,8 % dans la capitale, des données à prendre avec prudence faute de source officielle récente.
Pour combler ce fossé vite, l’État avait parié sur le satellite. Le 6 novembre 2025, un arrêté autorisait Starlink, la filiale de SpaceX, à opérer pendant cinq ans. En échange, l’entreprise devait fournir 5 000 kits à tarif préférentiel pour les écoles, les universités, les collectivités et les zones frontalières, de quoi connecter environ un million de personnes par des réseaux Wi-Fi communautaires. Le ministre de l’époque, Alioune Sall, chiffrait à 64 milliards de FCFA les économies attendues pour l’État.
Orange Sonatel, l’opérateur historique, a contesté l’arrêté. Son argument : il a versé 134,5 milliards de FCFA à l’État pour ses licences et fréquences, quand son concurrent a été admis par un simple arrêté ministériel. Le 7 septembre 2026, le juge des référés de la Cour suprême a suspendu l’autorisation, sans juger le fond. Entre-temps, Sonatel avait lancé dès décembre 2025 sa propre offre d’Internet par satellite avec Eutelsat. L’État, actionnaire de Sonatel à hauteur d’environ 27 %, se retrouve des deux côtés du litige.

Les communiqués d’avril sur la tournée des kits ne citaient aucun fournisseur, aucun nombre de sites et aucun budget. Depuis la décision de la Cour suprême, le gouvernement n’a pas publié de nouveau calendrier pour l’objectif du million de connexions. Il reste possible de l’atteindre avec d’autres solutions satellitaires ou terrestres, mais rien de ce qui est public ne permet de dire où en est le compteur.
Le réseau terrestre progresse, lui, par l’extérieur. Le 5 octobre 2026, SENUM SA et son homologue malienne, la SMTD, ont inauguré la jonction de leurs réseaux de fibre optique, sous l’égide du Réseau ouest-africain des backbones. L’objectif affiché est de mieux résister aux coupures de câbles sous-marins, qui privent régulièrement la région d’Internet pendant des heures. Pour l’usager de Kédougou ou de Matam, l’effet sera indirect : la fibre transfrontalière sécurise le trafic, elle n’arrive pas jusqu’à sa maison.
Signé, pas encore livré
La catégorie la plus fournie de ce bilan est celle des accords. Le plus gros a été signé le 6 octobre : une convention de 88,3 milliards de FCFA, environ 150 millions de dollars, entre le ministère, le Conseil mondial pour l’investissement et les affaires en Afrique (CMIA) et la société indienne Blue Cloud Softech Solutions. Elle doit financer « Sénégal Digital Factory », le huitième programme du New Deal, et d’abord un complexe d’assemblage d’ordinateurs, de smartphones et de tablettes à Diamniadio, annoncé pour décembre 2026.
Les ambitions sont considérables : 100 000 ordinateurs, 1,2 million de smartphones et 600 000 tablettes, avec 200 start-up associées. L’argument économique se tient, puisque le pays importe chaque année environ 419 milliards de FCFA de matériel informatique et électronique selon le ministère. Mais la nature de l’engagement reste floue. Le Soleil parle d’un financement « décroché », d’autres médias d’un protocole d’accord. Ni l’origine des fonds, ni la part de chaque partenaire, ni une éventuelle garantie de l’État n’ont été publiées.
« La fabrication de nos propres ordinateurs et terminaux au Sénégal n’est plus un rêve irréalisable. »
Boubacar Roger Thiam, directeur de l’Économie numérique et des Partenariats au ministère, en juin 2026
En juin, le même responsable annonçait un objectif de 200 000 emplois en cinq ans pour la Digital Factory, soit plus que l’objectif d’emplois directs fixé pour tout le New Deal à l’horizon 2034. Ce genre d’écart entre documents n’invalide pas le projet, mais il montre que les chiffres circulent plus vite que les méthodes de calcul.

Autre signature récente : le protocole d’accord conclu le 30 septembre avec l’équipementier finlandais Nokia, qui couvre la résilience des réseaux, la cybersécurité, les services publics numériques et la formation. Il ne contient ni montant ni liste de projets : chaque initiative devra faire l’objet d’une convention d’application distincte. Ces accords ont leur utilité, ils ouvrent des portes. Ils ne doivent simplement pas être comptés comme des réalisations.
Les lois, le chantier le plus avancé
Le volet le moins visible du New Deal est sans doute le plus abouti : les textes. Le 20 août 2026, l’Assemblée nationale a adopté par 127 voix sur 127 la loi n° 25/2026 sur la protection des infrastructures d’information critiques. Elle crée une Autorité nationale de cybersécurité, un CERT national chargé de coordonner la riposte aux attaques, et oblige les opérateurs de systèmes vitaux à déclarer leurs incidents. Le vote arrivait après une série d’attaques contre les impôts en octobre 2025, le service des cartes d’identité en février 2026 et le Trésor public en mai.

Début octobre, ni décret d’application ni nomination à la tête de la nouvelle autorité n’avaient toutefois été annoncés, et beaucoup de règles concrètes, dont celles sur l’hébergement des données, en dépendent. Le nouveau Code du travail, en vigueur depuis le 18 septembre, encadre de son côté le télétravail, une première au Sénégal.
Le régulateur change aussi de tête. Par décret du 10 septembre 2026, le président a nommé Cheikh Tidiane Sarr à la direction générale de l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP), à l’issue d’un appel à candidatures, une procédure encore rare pour ce type de poste. Il succède à Dahirou Thiam. Le nouveau directeur général vient du groupe Sonatel, où il dirigeait la stratégie et la transformation. Il hérite d’un régulateur placé au cœur du litige entre son ancien employeur et Starlink, et dit vouloir le faire évoluer vers une régulation fondée sur les données et la mesure en temps réel de la qualité de service.
L’argent : 81 milliards pour 2026
Pour mesurer l’effort réel, le budget de l’État est le seul document qui engage. Le 4 décembre 2025, l’Assemblée nationale a voté pour 2026 un budget de 85,15 milliards de FCFA en autorisations d’engagement et 81,06 milliards en crédits de paiement pour le ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique. C’est nettement plus que les 58,4 milliards de 2025.
Budget 2026 du ministère chargé du Numérique, par programme (crédits de paiement)
En milliards de FCFA. Source : Loi de finances 2026, chiffres rapportés par Léral (via Osiris) et Le Soleil (via AllAfrica)
Le programme « gouvernance et souveraineté numériques », qui porte le cloud, les réseaux de l’État et la cybersécurité, est le mieux doté : 33,8 milliards de crédits de paiement, près de 38 milliards en autorisations d’engagement, dont plus de 35 milliards d’investissements selon le rapport de la commission des finances cité par Africa Radio. L’économie numérique reçoit 20,5 milliards. La poste, en pleine restructuration, en absorbe 12,6, essentiellement en transferts.
Rapportés à l’ambition, ces montants restent modestes. Les 1 105 milliards du New Deal représentent en moyenne 110 milliards par an pendant dix ans. Le ministère n’en porte qu’une partie, car d’autres ministères, des sociétés publiques comme SENUM SA et des partenaires privés doivent financer leur part. Mais, à notre connaissance, aucun document public ne retrace l’ensemble des dépenses engagées au titre du New Deal depuis février 2025. Sans ce tableau consolidé, il est impossible de dire si le plan est financé au rythme prévu.
Le contexte budgétaire n’aide pas. La loi de finances 2026 demande aux opérateurs Sonatel et Expresso 50 milliards de FCFA de redevances supplémentaires, et l’État cherche de nouvelles recettes dans le numérique. Les mêmes entreprises sont appelées à financer les réseaux, à payer davantage au Trésor et à accepter une concurrence nouvelle. Cette tension traverse tout le dossier Starlink.
L’identité numérique, pièce manquante
Le New Deal prévoit une identité numérique unique, biométrique, à partir de laquelle seraient déclinés des identifiants pour la santé, l’éducation, la justice ou les impôts. C’est le socle sans lequel le principe du « Once Only » reste partiel : pour qu’une administration retrouve une information déjà fournie à une autre, encore faut-il qu’elles reconnaissent la même personne. Dix-neuf mois après le lancement, aucun calendrier de déploiement de cette identité n’a été rendu public.
Des voix s’en inquiètent. Dans une note adressée au président de la République en février 2026 et reprise par l’observatoire Osiris, Seydou Bocoum, docteur en économie numérique à l’université Cheikh Anta Diop, relève que les outils existants, comme le NINEA des entreprises et la carte d’identité biométrique CEDEAO, « ne sont pas intégrés dans une architecture unique ». Il en tire une mise en garde directe.
« Lancer des services en ligne sans résoudre l’identité et l’adressage crée une dette technique durable. »
Seydou Bocoum, docteur en économie numérique (UCAD), dans une note au président de la République, février 2026
La critique vise juste sur un point : en commençant par les guichets plutôt que par l’identité, l’État obtient des résultats visibles plus vite, mais il risque de devoir reprendre une partie du travail plus tard. Le gouvernement, lui, fait le pari inverse : montrer aux usagers que le numérique leur sert, pour créer la demande qui justifiera la suite.
Ce que ça change pour un Sénégalais ordinaire
Pour un habitant de Dakar ou de Thiès, le changement le plus concret est e-Sénégal : quelques démarches, dont le casier judiciaire, peuvent désormais être engagées depuis un téléphone. Pour la diaspora, l’e-Consulat doit permettre de demander un passeport ou une carte consulaire sans passer des heures dans une file d’attente. Ousmane Sonko avait choisi ses exemples en mars : un jeune diplômé de Malem-Hodar qui s’inscrit à l’agence pour l’emploi des jeunes depuis son téléphone, une femme de Podor qui accède à la protection sociale, un Sénégalais de l’étranger qui renouvelle ses papiers.

Le paiement est l’autre terrain où le quotidien peut changer. Le 10 septembre, le ministre des Télécommunications et du Numérique, Samba Diouf, qui a succédé à Alioune Sall en juin, a rencontré les équipes de Wave pour faire passer davantage de paiements publics par le mobile money, dans les transports, la santé ou au Trésor. Les conventions entre le Trésor et les opérateurs de monnaie électronique existent déjà ; l’enjeu est de les étendre aux guichets que les Sénégalais fréquentent vraiment.
Pour celui qui vit loin de la fibre, en revanche, le bilan est maigre. Le prix de la connexion reste élevé pour beaucoup de ménages, comme le rappelle le Front contre la cherté des coûts de connexion (F4C), collectif d’usagers qui s’est opposé à la suspension de Starlink. Et l’usager d’une antenne Starlink achetée en 2026 ne sait toujours pas, officiellement, si son service est durable.
Une méthode à mi-chemin

Il serait injuste de juger un plan sur dix ans au bout de dix-neuf mois. Les fondations administratives, interopérabilité, guichet unique, cadre juridique de la cybersécurité, sont précisément celles qui avaient manqué à « Sénégal numérique 2025 ». Le pilotage de la coordination numérique de l’État, GouvNum, confié à la Primature, répond aussi à la critique des silos que formulait Ousmane Sonko lui-même.
Mais le New Deal a pris l’habitude de compter ses signatures comme des avancées, et ses objectifs comme des résultats. Les chiffres qui permettraient de le juger, nombre de démarches en ligne, start-up labellisées, personnes connectées, dépenses engagées, ne sont pas publiés. La plateforme de suivi-évaluation existe ; ses données, elles, restent internes. Les prochains mois apporteront des tests clairs, avec des dates.
- Du 31 octobre au 13 novembre : les Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar, premier test grandeur nature du cloud national construit avec Alibaba Cloud.
- Décembre 2026 : l’ouverture annoncée du complexe d’assemblage de Diamniadio et, surtout, le nom des investisseurs qui le financent.
- Fin 2026 : l’objectif d’un million de personnes connectées gratuitement, et le décompte réel.
- Décembre 2026 : le budget 2027 du ministère, qui dira si l’effort de 2026 est prolongé.
- À une date encore inconnue : la décision de la Cour suprême sur le fond du recours de Sonatel contre Starlink.
- Les décrets d’application de la loi sur la cybersécurité et la nomination du patron de l’Autorité nationale de cybersécurité.
- Le premier chiffre officiel de start-up labellisées au titre du Startup Act.
En février 2027, le New Deal aura deux ans. Le bilan de mars 2026 pouvait encore s’en tenir à la liste des plateformes ouvertes. Le suivant sera lu à l’aune des chiffres d’usage, ou de leur absence.
- Le New Deal technologique, Primature du Sénégal.
- Le New Deal Technologique, Vie publique Sénégal.
- Sénégal : le New Deal technologique évalué à 1 105 milliards FCFA, Sika Finance.
- New Deal technologique : Ousmane Sonko tient son bilan, Pulse Sénégal.
- New Deal technologique : Ousmane Sonko lance sept nouveaux projets structurants, Osiris (APS).
- Senegal secures ITU support for $1.96 billion tech strategy, Agence Ecofin.
- Senegal receives national cloud infrastructure for Dakar 2026 Youth Olympic Games, TechReview Africa.
- Budget 2026 : une enveloppe de 81 milliards FCFA dédiée au ministère de la Communication, Osiris (Léral).
- Sénégal : un budget 2026 de 85,1 milliards FCFA pour accélérer la transformation numérique, Africa Radio.
- New Deal technologique : le Sénégal décroche un financement de 88 milliards de FCFA, Le Soleil (AllAfrica).
- Le Mali et le Sénégal interconnectent leurs réseaux de fibre optique, Afrique IT News.
- Note au président de la République : le New Deal technologique ne peut réussir…, Osiris.
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