Paymob lève 35 millions de dollars : la fintech égyptienne mise sur le Golfe et sur le « commerce des agents »
Soutenue par le fonds souverain d’Abu Dhabi Mubadala et la BERD, la société de paiements du Caire a triplé ses revenus en 18 mois. Sa croissance vient désormais surtout des Émirats, d’Arabie saoudite et d’Oman, dans un marché du financement en net recul.
- Paymob lève 35 millions de dollars, co-dirigés par Mubadala et la BERD ; 125 millions levés au total.
- Plus de 390 000 commerçants en Égypte, aux Émirats, en Arabie saoudite et à Oman.
- Revenus triplés en 18 mois ; ceux du Golfe multipliés par sept, près de la moitié du total.
- Nouveau pari : les paiements effectués par des agents d’IA, dans un marché MENA du financement en recul de 22 %.
Paymob, l’un des principaux acteurs égyptiens de l’infrastructure de paiement, a bouclé un tour de table de 35 millions de dollars, dit de « pré-série C ». L’opération a été co-dirigée par Mubadala, le fonds souverain d’Abu Dhabi, et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), avec la participation de British International Investment, Global Ventures et DPI Ventures.
Avec cette levée, Paymob porte son financement total à environ 125 millions de dollars. L’entreprise avait déjà levé 72 millions en série B, en deux fois : 50 millions en 2022, puis une extension de 22 millions en 2024. L’annonce intervient dans un contexte de financement difficile pour la région, ce qui lui donne un relief particulier.
Ce que fait Paymob
Fondée en 2015 par Alain El Hajj, Islam Shawky et Mostafa El Menessy, Paymob permet aux commerçants d’accepter les paiements de leurs clients par tous les moyens : cartes, portefeuilles mobiles, paiements échelonnés, virements. Elle propose une passerelle de paiement en ligne, des terminaux physiques, une solution qui transforme un smartphone en terminal de paiement (SoftPOS) et des liens de paiement à partager par message.
- Présente en Égypte, aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite et à Oman.
- Plus de 60 moyens de paiement pris en charge.
- Plus de 390 000 commerçants servis.
- Licence de services de paiement de détail de la Banque centrale des Émirats obtenue en janvier 2025.
Le Golfe, nouveau moteur
Le chiffre le plus frappant concerne la géographie de la croissance. Selon l’entreprise, ses revenus combinés dans les quatre pays ont triplé en 18 mois, et ceux des pays du Golfe ont été multipliés par sept, pour représenter désormais près de la moitié du total. Depuis l’obtention de sa licence émiratie, Paymob a ajouté environ 20 000 commerçants dans ses trois marchés du Golfe.
La logique est compréhensible. Le marché égyptien est vaste, plus de cent millions d’habitants, mais la monnaie y a perdu une grande partie de sa valeur ces dernières années, ce qui réduit la valeur en dollars des revenus. Les marchés du Golfe offrent des monnaies stables, un pouvoir d’achat élevé et une numérisation rapide des paiements. Pour une fintech égyptienne qui lève des fonds en dollars, se développer dans le Golfe est aussi une manière de se protéger du risque de change.

Le « commerce des agents », nouveau pari
L’argent servira au cœur de métier, l’acceptation des paiements, aux produits destinés aux petites et moyennes entreprises, et à de nouvelles offres autour de ce que le secteur appelle le « commerce agentique ». L’expression désigne les achats réalisés par des agents logiciels, des programmes d’intelligence artificielle qui effectuent des transactions pour le compte des utilisateurs : réserver un billet, commander un produit, payer une facture.
C’est l’un des sujets les plus discutés dans les paiements en 2026. Si des assistants d’IA commencent à acheter à la place des consommateurs, il faudra des systèmes capables de vérifier qu’un agent est bien autorisé par son utilisateur, de limiter les montants, de gérer les litiges et de lutter contre la fraude. Les sociétés d’infrastructure de paiement se positionnent pour fournir ces briques. Pour Paymob, c’est une façon de se préparer à un marché encore naissant, mais dont les grands réseaux de cartes font déjà une priorité.
Concrètement, un commerçant égyptien ou émirati qui vend en ligne pourrait voir arriver, demain, des commandes passées non par un client humain sur son site, mais par l’assistant d’IA de ce client. Il devra pouvoir accepter ce paiement en toute sécurité, savoir qui est responsable en cas d’erreur, et offrir un parcours adapté à un agent logiciel plutôt qu’à un humain. Les prestataires de paiement qui proposeront ces outils en premier pourraient prendre une longueur d’avance, comme ceux qui avaient anticipé le paiement mobile il y a dix ans.
Un marché du financement en repli
La levée tranche avec l’ambiance générale. Selon les données du cabinet MAGNiTT citées par The Condia, les start-up de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord ont levé 1,35 milliard de dollars en 214 opérations au premier semestre 2026, soit 22 % de moins en montant et 41 % de moins en nombre d’opérations qu’un an plus tôt. Les fintechs ont levé 617 millions de dollars en 57 opérations, en recul de 9 %, avec un nombre d’opérations divisé par deux.
Financement des start-up MENA, 1er semestre 2026
Source : MAGNiTT, via The Condia
Surtout, l’argent se concentre : les Émirats et l’Arabie saoudite ont capté environ 85 % des financements de la fintech régionale, soit 523 millions de dollars. Une entreprise égyptienne qui lève des fonds dans ce contexte le doit en grande partie à sa présence dans ces deux marchés. L’entrée de Mubadala au capital renforce encore cet ancrage dans le Golfe. La présence de la BERD et de British International Investment, deux investisseurs publics de développement, montre par ailleurs que les bailleurs institutionnels continuent de soutenir les infrastructures financières de la région, là où beaucoup de fonds privés se sont retirés. Leur participation apporte aussi une forme de caution sur la gouvernance de l’entreprise, utile pour de futures levées.
L’Égypte, un marché difficile mais immense
Il serait trompeur de voir dans cette stratégie un désintérêt pour l’Égypte. Le pays reste l’un des plus grands marchés du continent pour les paiements numériques, porté par la politique d’inclusion financière de la Banque centrale égyptienne, le développement du système de paiement instantané national et la numérisation des petits commerces. Les centaines de milliers de commerçants de Paymob y sont d’abord égyptiens, et une grande partie de ses équipes techniques y travaille.
Mais le marché égyptien a traversé ces dernières années une crise de change sévère, avec plusieurs dévaluations successives de la livre. Pour une entreprise qui rend des comptes en dollars à ses investisseurs, chaque dévaluation réduit mécaniquement la valeur de ses revenus égyptiens. L’expansion dans le Golfe équilibre ce risque. C’est une stratégie qu’ont suivie d’autres fintechs égyptiennes, et qui explique l’intérêt croissant des fonds du Golfe pour l’écosystème du Caire.
Ce qu’il faudra surveiller
Plusieurs questions accompagnent cette levée. Paymob gardera-t-elle ses ambitions en Égypte, où se trouvent encore la moitié de ses revenus, ses équipes d’origine et des centaines de milliers de commerçants ? Saura-t-elle résister, dans le Golfe, à des concurrents locaux et internationaux très bien financés ? Et son pari sur le commerce des agents d’IA se traduira-t-il en revenus, ou restera-t-il une ligne dans une présentation aux investisseurs ?
Pour l’écosystème africain, l’histoire de Paymob illustre une tendance de fond : les fintechs d’Afrique du Nord regardent de plus en plus vers le Golfe, où se trouvent les capitaux et les marchés solvables. C’est une stratégie de croissance rationnelle. C’est aussi un rappel que l’Afrique peine encore à retenir ses champions, faute de marchés de capitaux et de monnaies assez stables pour les financer sur place.
- Paymob raises $35 million pre-Series C to expand payments business across MENA, The Condia.
- Paymob Raises $35 Million as Egypt Fintech Expands Across Gulf, TechMoran.
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