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Drones médicaux : la Côte d’Ivoire passe à dix centres Zipline, et parie huit ans sur la logistique par les airs

Après trois ans d’activité à Daloa, l’État ivoirien a approuvé un partenariat public-privé de huit ans avec Zipline pour couvrir 2 200 centres de santé et 12 millions d’habitants. Un projet ambitieux, dont le coût pour le Trésor reste à publier.

Un drone Zipline largue un colis médical au Rwanda, premier pays à avoir adopté le service à l’échelle nationale.
Un drone Zipline largue un colis médical au Rwanda, premier pays à avoir adopté le service à l’échelle nationale.Photo : Roksenhorn, CC BY-SA 4.0 · source
Résumé en 30 secondes
  • La Côte d’Ivoire étend son réseau Zipline de 1 à 10 centres, dans le cadre d’un partenariat de huit ans.
  • Objectif : plus de 2 200 établissements de santé et 12 millions d’habitants, environ un tiers du pays.
  • Depuis 2023, le centre de Daloa a livré 3,55 millions de produits, dont 2 millions de doses de vaccins.
  • Une subvention américaine de 150 millions de dollars finance les centres ; le coût du service pour l’État n’est pas publié.
La suite : Trois ans de résultats à Daloa

Un centre de santé rural qui attend trois jours une poche de sang ou un vaccin, c’est parfois une vie perdue. C’est le problème que la Côte d’Ivoire veut régler en changeant d’échelle. Le gouvernement a annoncé le 21 septembre 2026 un partenariat public-privé de huit ans avec Zipline, l’entreprise américaine de livraison par drones, pour faire passer son réseau de un à dix centres de distribution.

Une fois achevé, ce réseau desservira plus de 2 200 établissements de santé et plus de 12 millions de personnes, soit environ un tiers de la population. Les drones transporteront des produits sanguins, des vaccins et des médicaments essentiels vers des structures que la route atteint lentement, ou pas du tout pendant la saison des pluies.

Trois ans de résultats à Daloa

Le projet ne part pas de zéro. Zipline opère depuis 2023 un centre à Daloa, dans le centre-ouest du pays. En trois ans, selon les chiffres communiqués par l’entreprise et le ministère de la Santé, il a livré plus de 3,55 millions de produits médicaux à plus de 220 établissements dans cinq régions, dont environ 2 millions de doses de vaccins et 20 500 unités de produits sanguins. Zipline estime avoir contribué à sauver l’équivalent de 2 058 vies, un indicateur qui reste une estimation de l’entreprise.

Un spécialiste du secteur résume l’enjeu : trois ans et 3,55 millions de livraisons, ce n’est plus un projet pilote. C’est un service, dont la question n’est plus de savoir s’il fonctionne, mais combien il coûte et qui le paie dans la durée.

Comment se passe une livraison

Le principe est simple pour le soignant. Un centre de santé qui manque d’un produit passe commande par téléphone ou par message. Au centre de distribution, l’équipe prépare le colis dans un emballage isotherme quand il s’agit de sang ou de vaccins, le scanne et le charge dans un drone à voilure fixe, lancé depuis une catapulte. L’appareil vole seul, suivi depuis le centre, puis largue le colis sous un petit parachute au-dessus d’une zone repérée à l’avance, sans avoir besoin de se poser. Il revient ensuite à sa base, où il est récupéré, contrôlé et rechargé.

Cette organisation change la logique des stocks. Plutôt que de répartir des produits rares et périssables dans des centaines de petites structures, avec le risque qu’ils se périment sur une étagère, le système les garde dans quelques centres bien équipés et les envoie à la demande. C’est particulièrement utile pour le sang, qui se conserve peu de temps et dont les groupes rares ne peuvent pas être stockés partout.

  • Phase 1 (27 mois) : extension autour de Daloa, nouveaux centres à Biankouma, San Pedro et Kouto.
  • Phase 2 : six centres supplémentaires, à Abidjan et dans cinq autres régions.
  • À terme : 10 centres, plus de 2 200 établissements de santé, plus de 12 millions d’habitants couverts.

Deux phases, dix centres

Le contrat avec Zipline SARL, la filiale locale, a été signé en décembre 2025 et rendu public neuf mois plus tard. Il prévoit deux phases. La première, sur 27 mois, étend l’activité autour de Daloa et ouvre des centres à Biankouma, San Pedro et Kouto. La seconde ajoute six centres, à Abidjan et dans cinq autres régions. Le partenariat est piloté par le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, dirigé par Pierre N’Gou Dimba.

« La Côte d’Ivoire montre ce que la diplomatie commerciale peut produire concrètement. »

Caitlin Burton, directrice générale de Zipline pour l’Afrique

Xavier Greusard, vice-président de Zipline chargé du développement en Afrique, parle d’une « colonne vertébrale logistique autonome opérée par des talents ivoiriens ». Les centres emploient des techniciens, des opérateurs de vol et des pharmaciens recrutés localement, un argument que l’entreprise met en avant dans chaque pays.

Un opérateur scanne un colis avant son chargement dans un drone. Chaque livraison est tracée de la commande au largage.
Un opérateur scanne un colis avant son chargement dans un drone. Chaque livraison est tracée de la commande au largage.Roksenhorn, CC BY-SA 4.0

L’argent américain, le client africain

Le financement mérite d’être détaillé, car il est inhabituel. Le département d’État américain a annoncé en novembre 2025 une subvention de 150 millions de dollars à Zipline, versée selon des résultats : l’argent n’arrive que si des gouvernements signent des contrats. Elle couvre cinq pays, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Kenya, le Nigeria et le Rwanda, avec un objectif pouvant atteindre 15 000 établissements de santé. Selon les informations publiées, elle sert à construire les centres de distribution.

En face, les gouvernements partenaires s’engagent à payer le service, pour un montant cumulé pouvant atteindre 400 millions de dollars de frais sur les cinq pays. Un observateur du secteur résume la logique sans détour : dépenser de l’argent américain pour créer des clients africains. Pour Washington, c’est une façon de soutenir une entreprise nationale face à la concurrence chinoise dans la logistique. Pour les pays africains, c’est une infrastructure construite en partie sans leur budget, mais un service à payer pendant des années.

Un rendement de 300 %, mais sur quelle base ?

Zipline et les autorités ivoiriennes avancent un rendement pour l’État d’environ 300 %, en tenant compte des médicaments non périmés, des déplacements évités et des vies sauvées. Le chiffre est séduisant. Il est aussi invérifiable en l’état : ni l’entreprise ni le gouvernement n’ont publié le montant que la Côte d’Ivoire paiera pour le service pendant huit ans. Zipline a refusé de préciser la valeur du contrat.

Ce point n’est pas un détail. Un contrat de huit ans dépend chaque année du vote du budget et de la bonne volonté du ministère des Finances. Le Nigeria en a fait l’expérience : dans l’État de Kaduna, les opérations de Zipline ont été suspendues en 2025 après un changement d’administration, alors qu’elles avaient livré plus de 225 000 produits médicaux, dont 154 000 doses de vaccins contre le Covid-19.

La leçon de Kaduna vaut pour tous les pays qui signent. Les résultats sanitaires ne suffisent pas à protéger un service quand le budget change de mains. Un contrat pluriannuel solide doit prévoir des indicateurs publics, des modalités de paiement claires et des clauses en cas de retard de paiement, faute de quoi le drone reste au sol et les centres de santé reviennent à la route.

Ce qui fera la réussite

La livraison par drone ne remplace pas la route, les pharmacies de district ni les agents de santé. Elle comble un trou précis : les produits urgents, rares ou fragiles, dont on ne peut pas garder de stock partout. Son intérêt se mesure donc à des indicateurs simples, que le ministère pourrait publier : le nombre de ruptures de stock évitées, le délai moyen entre la commande et la livraison, les poches de sang détruites pour cause de péremption, et le coût par livraison comparé au transport terrestre.

Le projet ivoirien a les atouts pour réussir : trois ans de pratique, une couverture annoncée d’un tiers de la population, un financement de départ extérieur. Il lui manque encore une chose, la transparence sur son coût réel. C’est par les lignes budgétaires consacrées à la logistique aérienne, bien plus que par les photos de lancement, que l’on saura si le pari de huit ans est tenable.

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Sources
  1. Côte d’Ivoire and Zipline to Expand AI-Powered Health Logistics Infrastructure to 10 Distribution Hubs, Reaching 12 Million People, Zipline.
  2. Zipline Promises Ivory Coast A 300% Return, Not What It Costs, DroneXL.
  3. Côte d’Ivoire Bets on Zipline to Fix Its Health Care Supply Chain, Tech Labari.
  4. Côte d’Ivoire, Zipline ink $150M AI health logistics deal, The Condia.

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